Le compositeur, arrangeur et chef d’orchestre malien Boncana Maïga est décédé le samedi 28 février 2026 à la Clinique Pasteur de Bamako, des suites d’une longue maladie. Il avait 77 ans. Avec lui disparaît l’un des principaux bâtisseurs du pont musical entre l’Afrique de l’Ouest et Cuba, dont l’influence s’est exercée sur plus d’un demi-siècle de production musicale africaine.
De Gao à La Havane : la naissance d’un maître
Né en 1949 à Gao, dans le nord du Mali, Boncana Issa Tandagari Maïga grandit au Niger avant de rentrer dans sa ville natale, où il fonde le Négro Band de Gao. Ce premier orchestre, avec lequel il sillonne plusieurs villes maliennes — Mopti, Ségou, Tombouctou, Kati —, lui forge une réputation de saxophoniste et de banjoïste prometteur.
En 1963, le président malien Modibo Keïta sélectionne dix jeunes musiciens pour une formation musicale à Cuba, dans le cadre d’une coopération entre Bamako et La Havane. Boncana Maïga fait partie du groupe. Arrivés en janvier 1964, les boursiers intègrent le Conservatoire Alejandro Garcia où ils travaillent notamment avec Rafaël Lay, chef de l’Orquestra Aragon. Ils adoptent le nom de Las Maravillas de Mali, en référence au groupe cubain Las Maravillas de Florida. Boncana Maïga y restera jusqu’en 1973, se perfectionnant à la flûte traversière — qui deviendra son instrument de prédilection — ainsi qu’au saxophone et à la composition. En 1967, le groupe enregistre son premier album éponyme, dont le titre Chez Fatimata, un cha-cha-cha montuno, devient un tube diffusé dans les discothèques de tout le continent.
Le retour en Afrique s’avère difficile. Le coup d’État militaire de 1968 au Mali, qui renverse Modibo Keïta, fragilise le groupe, associé à l’ancien régime. Las Maravillas de Mali tente de subsister à son retour en 1973, avant de se dissoudre l’année suivante sous la pression politique de la deuxième République malienne dirigée par Moussa Traoré.
Abidjan, quatorze ans au cœur de la scène musicale ouest-africaine
Contraint de quitter le Mali, Boncana Maïga choisit la Côte d’Ivoire. « Je suis parti du Mali par la fenêtre et la Côte d’Ivoire m’a ouvert grandes ses portes », déclarait-il. À Abidjan, il occupe successivement les postes de professeur à l’Institut National des Arts, puis de directeur adjoint du Conservatoire National de Musique. À la demande de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), il forme et dirige pendant quatorze ans l’orchestre maison, aux côtés du saxophoniste camerounais Manu Dibango. Cette expérience forge sa réputation d’arrangeur, et les sollicitations se multiplient. Il collabore notamment avec Aïcha Koné, Alpha Blondy, Pierrette Adams, Oumou Sangaré, Ami Koïta et Koffi Olomidé. Il est récompensé dès 1980 par le Mérite ivoirien, première distinction officielle d’une longue série.
Africando et la consécration internationale
En 1992, le producteur sénégalais Ibrahim Sylla de Syllart Productions approche Boncana Maïga pour monter un projet panafricain inédit. Africando réunit à l’origine le trio vocal sénégalais composé de Pape Seck, Médoune Diallo et Nicolas Menheim, le Cubain Ronnie Baro, et Boncana Maïga comme directeur musical et arrangeur. Le groupe associe voix ouest-africaines et orchestrations salsa, produisant une musique afro-latine qui trouve rapidement un écho sur les scènes européennes et américaines. Au fil des albums, Africando s’élargit à des artistes du Congo, d’Haïti, du Bénin et de Côte d’Ivoire. En 1997, le Kora Award du meilleur arrangeur vient consacrer son apport à ce projet.
En 2000, Boncana Maïga crée son propre label, Maestro Sound, et réédite l’opus Las Maravillas de Mali avec des artistes maliens invités. L’année suivante, il lance sur CFI puis TV5 Monde l’émission Stars Parade, un rendez-vous musical hebdomadaire diffusé dans 200 pays, qu’il animera pendant plus de vingt ans en mettant en avant les talents africains émergents. En 2006, il signe la bande originale de Moolaadé, film du cinéaste sénégalais Ousmane Sembène, avant de poursuivre l’aventure Africando avec les albums Ketukuba (2006) et Viva Africando. De retour au Mali, il fonde Maestro-Sound Mali, une structure dédiée à la production et à l’accompagnement des jeunes artistes. En 2020, le documentaire Africa Mia, qui retrace l’épopée cubaine de Las Maravillas de Mali, lui offre une dernière visibilité internationale.
Officier de l’Ordre national du Mali depuis 2017 — il en avait été nommé Chevalier en 2009 —, Boncana Maïga devait être inhumé ce dimanche 1er mars 2026 à Bamako, selon des informations communiquées par le gouvernement malien. Le ministre malien de la Culture, Mamou Daffé, a qualifié sa disparition de « perte pour le Mali mais également pour la culture africaine qu’il a contribué à imposer à travers les continents ».

« Rendez vous ce soir chez Fatimata » composé à la Havane, c’est du CHACHACHA pour ce que j’en connais.
Le Montuno c’est du « Son » venu de l’Est de Cuba (El Oriente, Santiago), issu de la musique rurale des montagnes de la région
Un standard : youtube.com/watch?v=LfdwBDo2jqA
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