Il avait choisi l’ombre quand son nom aurait pu lui ouvrir toutes les portes. Guillaume Houphouët-Boigny, quatrième et dernier fils du premier président ivoirien issu de son union avec Kadidja Sow, s’est éteint le jeudi 12 mars 2026 à l’âge de 89 ans, selon l’Agence Ivoirienne de Presse.
Sa disparition referme une page familiale d’une portée symbolique considérable : avec lui s’en va le dernier représentant direct de la première génération issue du « Vieux », surnom affectueusement donné à Félix Houphouët-Boigny par des millions d’Ivoiriens. Ses frères Augustin et François avaient respectivement disparu en 2015 et 2011.
Un homme de chiffres, pas de discours
Banquier et opérateur dans la filière cacao, Guillaume Houphouët-Boigny a notamment occupé le poste de secrétaire général de la Société Ivoirienne de Banque et administré plusieurs structures économiques. Installé durablement en Côte d’Ivoire, il fut le seul de la fratrie à avoir ancré sa vie professionnelle dans le pays. La politique, il ne l’a jamais approchée — son père y avait personnellement veillé, selon des proches.
Sur le plan personnel, il avait épousé en 1965 à Neuilly-sur-Seine Christiane Hervé-Dupenher, nièce de l’ancien président togolais Nicolas Grunitzky, tissant ainsi des liens entre deux familles de l’histoire politique ouest-africaine. Les obsèques devraient se tenir dans la stricte intimité, conformément à la discrétion qui aura caractérisé toute son existence.
Le père : un itinéraire hors du commun
Félix Houphouët-Boigny naît le 18 octobre 1905 à N’Gokro, au sein d’une famille baoulé de tradition royale. Médecin de formation, planteur, puis militant anticolonialiste, il embrasse la politique dans les années 1940 et fonde le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, affilié au Rassemblement Démocratique Africain. Il siège à l’Assemblée nationale française, participe à plusieurs gouvernements de la IVe République, et orchestre l’accession de son pays à l’indépendance.
Le 7 août 1960, la Côte d’Ivoire devient souveraine. Félix Houphouët-Boigny en est le premier président, et le restera sans interruption pendant trente-trois ans, bâtissant ce que l’on a appelé le miracle ivoirien — une croissance économique soutenue portée par le cacao et le café, dans un contexte régional souvent instable. Sa doctrine de paix, son refus du conflit armé et sa politique de dialogue lui ont valu une stature internationale rare pour un chef d’État africain de l’époque.
Affaibli par la maladie, il s’éteint le 7 décembre 1993 à Yamoussoukro, la ville dont il avait fait la capitale politique et où trône la basilique Notre-Dame-de-la-Paix, l’une des plus grandes du monde, qu’il avait fait ériger à ses frais.
Trente-deux ans plus tard, avec la disparition de Guillaume, c’est la dernière voix directe de cette lignée qui s’efface — sans bruit, fidèle jusqu’au bout à l’effacement choisi.
