De 1988 à 2026 : comment l'obsession de Trump pour l'île de Kharg est devenue une guerre

En 1988, un homme d’affaires new-yorkais de 41 ans accordait une interview à la journaliste Polly Toynbee du quotidien britannique The Guardian, en marge d’une tournée de promotion de son livre The Art of the Deal au Royaume-Uni. Ce jour-là, Donald Trump citait par son nom une île pétrolière iranienne du golfe Persique et promettait de s’en emparer. Trente-huit ans plus tard, les forces armées américaines ont bombardé cette même île.

Une fixation géographique documentée depuis quatre décennies

L’interview de 1988 n’avait rien d’une improvisation. Interrogé sur sa politique étrangère hypothétique envers l’Iran, Trump déclarait à Toynbee : « Ils nous battent psychologiquement, ils nous font passer pour des imbéciles. Une seule balle tirée sur nos hommes ou nos navires, et je m’occuperai de l’île de Kharg. J’y entrerai et je la prendrai. » La déclaration s’inscrivait dans le cadre de la guerre Iran – Irak, alors dans sa dernière année, et de la prise d’otages de 1979 à l’ambassade américaine de Téhéran — événement fondateur de la perception trumpienne de la République islamique.

L’île de Kharg, corallienne, d’une superficie de 24 kilomètres carrés, concentre environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes. Selon le Royal United Services Institute, elle représente le principal nœud économique permettant à Téhéran de financer à la fois son gouvernement et ses capacités militaires.

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Du discours à la frappe

Le 13 mars 2026, le Commandement central américain (CENTCOM) a mené ce que Trump a qualifié, sur Truth Social, de l’un des « raids aériens les plus puissants de l’histoire du Moyen-Orient » contre les cibles militaires de Kharg. L’infrastructure pétrolière de l’île a été épargnée lors de cette première vague, Trump menaçant toutefois de la détruire si l’Iran ne rouvrait pas le détroit d’Ormuz, fermé depuis le déclenchement du conflit le 28 février 2026.

Ces frappes font suite à l’opération conjointe américano-israélienne lancée ce même 28 février — baptisée Fureur épique côté américain et Lion rugissant côté israélien — qui a tué le guide suprême Ali Khamenei dès le premier jour des hostilités.

Lors d’une rencontre avec le Premier ministre irlandais le 18 mars, Trump a lui-même revendiqué la cohérence de sa ligne : « J’ai dit qu’il fallait attaquer l’île de Kharg. Il fallait les attaquer, il y a des années déjà, quand ils s’agitaient. »

Un plan de cessez-le-feu en suspens

Au 25e jour du conflit, l’administration Trump a transmis à Téhéran, via des intermédiaires pakistanais, un plan de cessez-le-feu en 15 points, selon des informations rapportées simultanément par le New York Times, Bloomberg et l’Associated Press. Washington a parallèlement accordé une immunité temporaire de cinq jours aux ministres iraniens des Affaires étrangères et du Parlement pour permettre la tenue de négociations, selon la chaîne israélienne Channel 14.

Téhéran a démenti toute discussion directe et poursuivi ses tirs de missiles vers Israël dans la journée du 24 mars. Le délai accordé par Trump pour la réouverture du détroit d’Ormuz expire dans les prochaines heures.

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