De Mobutu à Ali Bongo : quand les tout-puissants deviennent des touristes indésirables

L’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba, renversé par un coup d’État militaire en août 2023, est contraint depuis plusieurs semaines de séjourner à Paris, dans sa résidence de l’avenue Foch, faute de pouvoir rejoindre Londres où réside une partie de sa famille. Selon Jeune Afrique, ses titres de voyage ne lui permettent plus d’entrer sur le territoire britannique. La situation rappelle le destin de Mobutu Sese Seko, l’ancien homme fort du Zaïre, qui avait lui aussi erré entre plusieurs pays avant de mourir en exil au Maroc en septembre 1997.

Le blocage d’Ali Bongo résulte d’un problème administratif lié aux nouvelles règles migratoires britanniques entrées en vigueur en avril 2025. Depuis cette date, les citoyens français souhaitant entrer au Royaume-Uni sans visa de long séjour doivent obtenir une Autorisation électronique de voyage (ETA). L’ex-chef d’État ayant épuisé la durée de séjour maximale autorisée par ce dispositif, il doit désormais solliciter un visa en bonne et due forme. Une procédure de régularisation serait en cours auprès des autorités britanniques, selon Jeune Afrique. Ni Paris ni Londres n’ont commenté la situation.

Sa femme, Sylvia Bongo Ondimba, elle-même condamnée au Gabon à un an de prison avec sursis dans le cadre de poursuites judiciaires engagées après la chute du régime, se trouve dans une situation symétrique : elle ne peut quitter le territoire britannique sans risquer de compromettre son droit d’y retourner. Le couple, séparé géographiquement, attend de part et d’autre de la Manche une régularisation administrative qui tarde à venir.

La France, de refuge refusé à prison dorée

La trajectoire de Mobutu Sese Seko, qui avait dirigé le Zaïre pendant 32 ans avant d’être chassé du pouvoir par les forces de Laurent-Désiré Kabila en mai 1997, offre un miroir saisissant. Gravement malade, l’ancien président avait cherché à rejoindre sa villa de Roquebrune-Cap-Martin, sur la Côte d’Azur, où il comptait se soigner. La France, qui l’avait longtemps soutenu, lui a fermé la porte, tout comme l’Afrique du Sud et le Portugal. Seul le roi Hassan II du Maroc avait accepté de l’accueillir, pour des raisons humanitaires selon ses propres termes. Mobutu est mort à Rabat le 7 septembre 1997, quatre mois après sa chute, sans avoir pu revoir son pays. Sa dépouille repose toujours au cimetière européen de la capitale marocaine.

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Dans les deux cas, la France occupe une place particulière : elle avait refusé d’héberger Mobutu malgré des décennies de liens étroits avec Paris ; elle devient aujourd’hui, malgré elle, le lieu de résidence forcée d’Ali Bongo, qui avait quitté Libreville dans la nuit du 15 au 16 mai 2025 à la suite d’une médiation conduite par le président angolais João Lourenço.

Des chutes distinctes, un isolement commun

Les deux hommes ont cherché à se maintenir au pouvoir face à des contestations croissantes. Mobutu avait résisté pendant plusieurs années aux pressions internationales réclamant une transition démocratique, avant de céder au multipartisme en 1990, sans pour autant lâcher les rênes du pouvoir. Ali Bongo, réélu en 2023 dans des conditions vivement contestées par l’opposition gabonaise, avait été renversé quelques heures après la proclamation des résultats officiels par un groupe d’officiers menés par le général Brice Oligui Nguema.

L’isolement qui frappe les deux hommes après leur chute prend des formes différentes. Mobutu était un paria politique que ses anciens alliés occidentaux refusaient d’assumer publiquement, dans un contexte post-Guerre froide où son utilité stratégique avait disparu. Ali Bongo, lui, se heurte à une administration britannique qui applique mécaniquement ses propres règles, sans égard pour son ancien statut.

La procédure de régularisation de sa situation auprès des autorités britanniques constitue désormais le principal horizon de l’ex-président gabonais. Dans l’attente d’une décision, il demeure contraint de résider en France, pays dont il possède la nationalité en plus de la gabonaise.

1 réflexion au sujet de « De Mobutu à Ali Bongo : quand les tout-puissants deviennent des touristes indésirables »

  1. Faire de parallèle entre la situation de Ali Bongo et Mobutu est une approximation.
    Ali Bongo détient un passeport Francais (UE) ce qui n’a jamais été le cas de Mobutu .
    L’ETA à une validité de deux ans pour le Royaume donnant droit à plusieurs entrées pour les Européens (UE) et renouvelable dans la foulée.
    Le Foreign office a ses raisons de lui refuser pour le moment un visa pour UK sinon qu’il a la possibilité de refaire l’application pour l’ETA.
    Raison que nous ignorons .
    Cherchez l’erreur

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