Robert Mueller, ancien directeur du FBI et procureur spécial de l’enquête sur l’ingérence russe, est décédé vendredi à l’âge de 81 ans. Sa mort a immédiatement fracturé la classe politique américaine, révélant deux lectures irréconciliables d’un même homme et d’une même époque.
D’un côté, Donald Trump a publié sur Truth Social une réaction sans précédent dans l’histoire politique récente : « Robert Mueller vient de mourir. Bien. Je suis content qu’il soit mort. Il ne va plus pouvoir faire du mal à des innocents. » De l’autre, Barack Obama a salué en lui l’un des meilleurs directeurs de l’histoire du FBI, un serviteur de l’État dont l’attachement à l’état de droit forçait le respect.
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Cette fracture n’est pas accidentelle. Nommé procureur spécial en mai 2017, Mueller avait conduit pendant près de deux ans l’enquête la plus menaçante de la présidence Trump. Son rapport de 448 pages, publié en avril 2019, documentait des contacts substantiels entre la campagne Trump et des ressortissants russes, et identifiait dix épisodes susceptibles de constituer une entrave à la justice de la part du président. Mueller s’était abstenu de prononcer une inculpation au motif qu’un président en exercice ne pouvait être mis en examen selon la doctrine du département de la Justice — non parce qu’il le blanchissait, avait-il précisé lui-même devant le Congrès en juillet 2019.
Trump avait alors qualifié l’enquête de « chasse aux sorcières » dès sa nomination, tenté de faire limoger Mueller en juin 2017 selon des témoignages recueillis dans le cadre de l’enquête, avant de reculer face à l’opposition de ses propres conseillers.
Deux Amériques face à un même héritage
La réaction d’Obama dit autre chose que la simple politesse funèbre. Mueller avait été nommé directeur du FBI en 2001 par George W. Bush, puis reconduit en 2011 par Obama lui-même — fait rare dans l’histoire de l’institution. Ce geste bipartisan incarnait une conception du droit indépendante du pouvoir politique, que la réaction de Trump à sa mort vient précisément nier.
La famille de Mueller avait annoncé en 2025 qu’il était atteint de la maladie de Parkinson. Aucune cérémonie officielle n’a été annoncée à ce stade.
