Le ministre des Affaires étrangères hongrois Péter Szijjártó aurait transmis à Moscou, en temps réel, des informations confidentielles issues des réunions du Conseil de l’Union européenne — parfois depuis les couloirs même des sommets bruxellois. C’est ce que révèle le Washington Post samedi 22 mars, sur la base de plusieurs responsables européens de la sécurité, actuels et anciens.
Selon l’enquête du quotidien américain, Szijjártó aurait pris l’habitude d’appeler son homologue russe Sergueï Lavrov pendant les pauses des réunions ministérielles pour lui fournir des comptes rendus sur les discussions en cours et les pistes de décision envisagées. « Chaque réunion de l’UE a, depuis des années, eu Moscou autour de la table », aurait confié l’un des responsables cités par le journal.
Une pratique d’exclusion déjà à l’œuvre
La réaction des institutions européennes confirme le sérieux des allégations. La Commission européenne a qualifié les révélations de « très préoccupantes » et a demandé à Budapest de fournir des clarifications. Le Conseil de l’UE a indiqué examiner si Szijjártó avait enfreint ses règles internes.
Selon Politico, citant cinq diplomates et responsables européens, des États membres ont déjà commencé à contourner Budapest sur les dossiers sensibles, en privilégiant des formats restreints — E3, E4, format de Weimar, NB8 — en lieu et place des réunions à vingt-sept. Cette marginalisation de fait précédait les révélations du Washington Post.
Budapest contre-attaque, Varsovie confirme
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a ordonné l’ouverture d’une enquête — non sur les accusations visant son ministre, mais sur ce qu’il présente comme une mise sur écoute illégale de Szijjártó par au moins un État membre de l’UE. Szijjártó a qualifié les informations de « fake news » sur le réseau social X, accusant le Premier ministre polonais Donald Tusk de chercher à peser sur les élections législatives hongroises du 12 avril.
Tusk a répondu en confirmant publiquement sur X que les révélations « ne devraient surprendre personne », ajoutant que Budapest informait Moscou de chaque détail des réunions du Conseil de l’UE. Son ministre des Affaires étrangères Radosław Sikorski a adressé directement un message à Szijjártó : « This would explain a lot, Peter ».
Un scrutin à trois semaines
L’affaire éclate à trois semaines du scrutin législatif hongrois, le premier depuis quinze ans où Orbán part en position de challenger face au parti d’opposition Tisza, dirigé par Péter Magyar, que les sondages créditent de quatorze points d’avance.
Le Washington Post révèle par ailleurs, dans la même enquête, que les services de renseignement extérieur russes (SVR) auraient proposé à Budapest d’organiser une tentative d’assassinat simulée contre Orbán pour redresser sa cote dans les sondages — une allégation qui n’a pas encore fait l’objet d’une réaction officielle de Budapest.
Le Conseil de l’UE devrait se prononcer sur d’éventuelles mesures formelles à l’issue des élections hongroises du 12 avril.


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