France : l’Algérie redevient un marqueur politique à l’approche de 2027

À l’approche de la présidentielle française de 2027, l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 s’est imposé comme l’un des terrains de positionnement les plus actifs de la droite. Édouard Philippe, maire du Havre et figure montante pour 2027, et Jordan Bardella, président du Rassemblement national, ont tous deux fait de ce texte un axe central de leur stratégie électorale — avec des objectifs et des méthodes distincts.

L’accord de 1968, amendé à trois reprises depuis sa signature — en 1985, 1994 et 2001 — régit spécifiquement la circulation, le séjour et l’emploi des ressortissants algériens en France, selon un régime distinct du droit commun applicable aux autres étrangers.

Philippe et Bardella : même sujet, lignes divergentes

Édouard Philippe a pris position dès mars 2025 en faveur d’une remise en cause de l’accord, estimant que ce cadre juridique ne correspond plus aux exigences actuelles de la politique migratoire française. Son parti Horizons a matérialisé cette orientation en votant, en octobre 2025 à l’Assemblée nationale, la résolution portée par le groupe RN appelant à la dénonciation du texte. Pour autant, le maire du Havre ne défend pas une rupture totale : il continue de plaider pour une immigration de travail qu’il qualifie de « choisie et contrôlée », se positionnant ainsi sur une ligne de fermeté encadrée.

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Jordan Bardella adopte une posture plus radicale. Le RN réclame explicitement l’abrogation de l’accord, présenté par le parti comme un « privilège injustifié » accordé à l’Algérie et un obstacle à une politique migratoire plus restrictive. La résolution portée par les députés RN a été adoptée à une voix d’écart — 185 pour, 184 contre — grâce au soutien combiné des Républicains et d’Horizons. Cette résolution, sans portée contraignante en droit français, ne peut juridiquement obliger le gouvernement à engager une procédure de dénonciation.

Alger adopte une loi sur la colonisation, avec des réserves

Ce débat français se déroule dans un contexte bilatéral tendu. Le 22 janvier 2026, le Conseil de la Nation — chambre haute du Parlement algérien — a adopté un texte criminalisant la colonisation française sur la période 1830-1962. Ce vote fait suite à un premier feu vert de l’Assemblée populaire nationale fin 2025.

Le texte pose un cadre juridique qualifiant les violences et politiques coloniales de crimes engageant la responsabilité de la France. Toutefois, le Conseil de la Nation a émis des réserves sur treize articles, portant notamment sur les clauses relatives aux excuses officielles et aux réparations. Ces dispositions, jugées incompatibles avec la ligne du président Abdelmadjid Tebboune — qui privilégie la reconnaissance des faits sans formuler de demandes formelles à Paris —, devront être retravaillées par une commission paritaire réunissant les deux chambres. Aucun calendrier n’a été communiqué pour l’adoption de la version définitive.

La combinaison de ces deux dynamiques — offensive politique française sur l’accord de 1968, avancée législative algérienne sur la mémoire coloniale — dessine le cadre dans lequel s’inscriront les relations franco-algériennes jusqu’à la prochaine échéance présidentielle française, prévue au printemps 2027.

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