Guerre en Iran : pourquoi Dangote exporte déjà massivement son carburant

La raffinerie Dangote, implantée à l’est de Lagos, a exporté 456 000 tonnes de produits pétroliers vers cinq pays africains en mars 2026, selon des données publiées par la direction du site. Ces volumes — acheminés en Côte d’Ivoire, au Cameroun, en Tanzanie, au Ghana et au Togo — représentent les premières exportations d’essence à grande échelle depuis que l’installation a atteint sa pleine capacité de production en février.

La raison est directe : le conflit américano-iranien a placé le détroit d’Ormuz au bord de la rupture. Les compagnies maritimes commerciales, les majors pétrolières et les assureurs se sont massivement retirés du corridor. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré qu’il ne laisserait passer « pas un litre de pétrole » par le détroit, menaçant de cibler tout navire lié aux États-Unis, à Israël ou à leurs alliés. En 2024, le détroit assurait le transit d’environ 20 millions de barils par jour, soit l’équivalent de 20 % de la consommation mondiale de produits pétroliers.

Le vide laissé par le Golfe, comblé depuis Lagos

Les primes d’assurance maritime dans la zone auraient été multipliées par quatre ou cinq depuis le déclenchement des frappes américaines le 28 février 2026, rendant les cargaisons en provenance du Golfe persique prohibitives ou impossibles à assurer. Les fournisseurs habituels de l’Afrique — raffineries du Golfe et négociants européens approvisionnés en brut moyen-oriental — ne seraient plus en mesure de livrer dans les délais ni aux coûts habituels.

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C’est dans ce cadre que la raffinerie Dangote — qui produit de l’essence et du diesel aux normes Euro V et traite 650 000 barils par jour — s’est positionnée comme fournisseur de substitution. Selon des données du cabinet Kpler, les exportations nigérianes de produits raffinés sont passées d’environ 100 000 barils par jour en février à quelque 214 000 barils par jour en mars, les volumes à destination d’autres pays africains doublant sur la même période.

Des contrats annuels en négociation

L’Afrique du Sud a engagé des discussions pour un contrat d’approvisionnement annuel avec le site de Lagos, selon Bloomberg. Le Ghana et le Kenya ont formulé des demandes similaires. La Tanzanie, destinataire pour la première fois ce mois-ci, illustre l’élargissement géographique rapide des débouchés de la raffinerie.

Le prix du Brent s’établissait à 103 dollars le baril en fin de semaine dernière, après avoir culminé à près de 120 dollars — un niveau qui rend les exportations de la raffinerie Dangote économiquement attractives bien au-delà du continent africain. Un porte-parole de l’entreprise a indiqué recevoir des demandes pour du carburéacteur en provenance de régions extérieures à l’Afrique. La durée du conflit et l’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz conditionneront directement le volume des prochaines cargaisons.

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