Le premier ministre canadien Mark Carney a sonné l’alarme jeudi 12 mars depuis les Territoires du Nord-Ouest. Essence, engrais, alimentation : le conflit israélo-américain en Iran déclenché le 28 février menace directement le portefeuille des Canadiens — et la stabilité économique mondiale.
L’essence, premier choc immédiat pour les ménages canadiens
Le prix moyen du litre d’essence au Canada est passé de 1,27 $ à 1,41 $ en deux semaines, selon CAA-Québec. Dans certaines régions éloignées comme les Îles-de-la-Madeleine, la pompe affiche jusqu’à 1,77 $. À Montréal, des stations approchent 1,65 $ pour l’essence ordinaire et 2,13 $ pour le diesel — son niveau le plus élevé depuis 2023.
Cette flambée est directement liée au blocage du détroit d’Ormuz, classé zone d’opérations de guerre, par lequel transitent habituellement quelque 20 % du pétrole mondial et 20 % du gaz naturel liquéfié. Depuis les frappes du 28 février, selon la CNUCED, le trafic maritime y a chuté de 97 %, tombant à 4 à 6 navires par jour contre 141 en moyenne avant le conflit. Le baril de Brent a franchi les 100 dollars le 12 mars.
Engrais et alimentation : la menace silencieuse
« Nous en voyons les implications pour les engrais, par exemple. En fin de compte, tout au long de la chaîne, partout dans le monde, cela peut avoir des répercussions sur les engrais, le prix des denrées alimentaires », a déclaré Mark Carney lors de sa conférence de presse.
Ce risque est documenté. Selon un rapport de la CNUCED publié le 10 mars, environ un tiers du commerce mondial d’engrais transportés par mer — soit quelque 16 millions de tonnes — transite par le détroit d’Ormuz. Le Qatar, l’Arabie saoudite et Oman, trois fournisseurs majeurs, ne peuvent plus livrer. Les commandes d’engrais pour les semailles du printemps 2027 devaient démarrer fin mars, ce qui pourrait compromettre les récoltes à venir. Avant même le conflit, le Mouvement Desjardins anticipait une inflation alimentaire de 2,1 % au Canada en 2026 ; la crise en cours devrait revoir cette prévision à la hausse.
Le Canada, exportateur net, dans une position moins exposée
Carney a nuancé son propos en soulignant que le statut d’exportateur net de pétrole et de gaz du Canada place le pays dans une position « un peu plus enviable que d’autres ». L’Alberta, dont les redevances pétrogazières représentent 18 % des revenus provinciaux, pourrait tirer parti de la hausse des cours. Le ministre canadien de l’Énergie, Tim Hodgson, a confirmé avoir reçu plusieurs appels de partenaires commerciaux souhaitant sécuriser leur approvisionnement en pétrole et en GNL canadiens.
Les pays les plus vulnérables restent les économies en développement importatrices nettes d’énergie et d’intrants agricoles. La CNUCED prévient qu’un blocage prolongé d’Ormuz pourrait déclencher une crise agricole dans des États comme le Soudan (54 % de ses importations d’engrais transitaient par cette route), la Tanzanie (31% ou le Sri Lanka (36 %).
Selon Goldman Sachs, cinq semaines de perturbation prolongée propulseraient le baril à 100 dollars de manière durable — seuil déjà franchi le 12 mars. Carney doit s’envoler vendredi pour la Norvège, où se tient l’exercice militaire OTAN en Arctique Cold Response, puis pour Londres, sans qu’aucune annonce de mesure canadienne de stabilisation des prix à la consommation n’ait été confirmée à ce stade.

