L’Agence nationale d’investigation indienne (NIA) a arrêté sept ressortissants étrangers — six Ukrainiens et un Américain — soupçonnés d’être entrés illégalement au Myanmar depuis le territoire indien pour entraîner des groupes armés ethniques liés à des organisations insurgées actives en Inde. Les suspects ont été interpellés à Delhi, Lucknow et Kolkata à leur retour sur le sol indien, selon la radio publique All India Radio (AIR).
Un tribunal de New Delhi, siégeant à huis clos, a ordonné lundi leur placement en garde à vue pour onze jours d’interrogatoire. Les sept suspects auraient d’abord franchi sans autorisation l’État du Mizoram, zone frontalière classée sensible soumise à un régime de permis spécial, avant de passer au Myanmar.
Une double accusation : formation militaire et drones européens
Selon AIR, les mis en cause auraient dispensé des entraînements à des groupes ethniques armés associés à des mouvements insurrectionnels opérant en Inde. Ils sont également soupçonnés d’avoir introduit sur le territoire indien « un important chargement de drones en provenance d’Europe », destiné à être acheminé vers le Myanmar. La nature des appareils et leur pays d’origine exact n’ont pas été précisés.
La NIA, compétente pour les affaires de terrorisme et d’atteinte à la sûreté de l’État, a conduit les arrestations après le retour des suspects en Inde. L’agence avait ouvert le dossier vendredi 13 mars.
Une frontière sous surveillance constante
Le Mizoram partage environ 510 kilomètres de frontière avec le Myanmar. New Delhi surveille étroitement cette zone depuis des décennies : plusieurs groupes armés birmans appartiennent aux mêmes ethnies que des populations établies côté indien, ce qui alimente les craintes d’une porosité des réseaux entre les deux pays.
Le Myanmar traverse depuis le coup d’État militaire de février 2021 une guerre civile qui a fragmenté le contrôle territorial du pays. Fin 2024, la BBC estimait, sur la base de données cartographiques indépendantes, que la junte ne contrôlait plus qu’environ 21 % du pays, le reste étant disputé ou tenu par des coalitions de groupes pro-démocratie et de milices ethniques. Ce fractionnement a attiré des acteurs extérieurs, comme l’illustrait déjà en octobre 2023 la capture par un groupe rebelle de plusieurs ressortissants étrangers, dont d’anciens militaires européens, dans le nord de l’État Shan.
La garde à vue des sept suspects expire le 27 mars. À l’issue de cette période, la NIA devra soit formuler des charges formelles, soit solliciter une prolongation auprès du tribunal.
