Après le vote de la loi n° 2026-01 du 03 février 2026, le Bénin dispose désormais d’un arsenal juridique solide pour structurer son industrie cinématographique. Si ce cadre législatif pose les fondations d’un secteur plus professionnel, l’heure est maintenant à la mobilisation des ressources financières pour transformer ce potentiel artistique en un véritable moteur de croissance économique.
La nouvelle législation ne se contente pas de définir le cadre de travail des acteurs et réalisateurs. Elle embrasse l’ensemble des « industries de l’écran », incluant les expériences technologiques interactives et tous les services de soutien. Pour assainir le milieu, l’État instaure une carte professionnelle obligatoire, délivrée par la direction chargée de la cinématographie, garantissant que les intervenants possèdent soit une formation diplômante, soit une expérience avérée. Ce cadre protecteur impose également aux producteurs étrangers de privilégier les techniciens et artistes béninois détenteurs de cette carte, ce qui assure une priorité de recrutement à la main-d’œuvre locale.
La mobilisation des fonds : le moteur de la croissance
Le texte législatif prévoit la création d’un outil stratégique : le Fonds de soutien au développement du cinéma et de l’image animée. Conçu comme un compte d’affectation spéciale, ce fonds a pour mission de financer l’intégralité de la chaîne de valeur, de la préproduction à la conservation, en passant par la modernisation des salles de cinéma.
Cependant, pour que ce moteur démarre véritablement, la mobilisation de fonds doit dépasser les seules subventions étatiques. Le Bénin doit miser sur des mécanismes innovants tels que le partenariat public-privé (PPP), Les incitations douanières, La redevance de promotion.
En offrant des facilités administratives et fiscales, l’État encourage les investisseurs privés à construire des complexes cinématographiques modernes et des studios de postproduction. La loi prévoit déjà une exonération totale de droits de douane pour l’importation de matériels de tournage, de montage et de postproduction pour les films produits au Bénin. Le paiement de cette redevance, liée à la délivrance du visa d’exploitation, permettra d’alimenter durablement le fonds de soutien.
Une galaxie de métiers pour résorber le chômage
L’un des points forts de cette réforme est la mise en lumière de la multitude de professions que génère un seul projet cinématographique. Au-delà des visages connus à l’écran, l’industrie du cinéma est une véritable machine à créer des emplois dans des secteurs variés comme métiers techniques (direction de la photographie, prise de son, montage, éclairage, machinerie et infographie), métiers artistiques et de création (scénaristes, décorateurs, costumiers, maquilleurs et photographes de plateau), métiers de l’ombre et logistique (régisseurs, secrétaires de plateau, électriciens et spécialistes du repérage) et services connexes (restauration (catering), transport, services financiers et juridiques spécialisés, ainsi que la gestion d’événements).
L’objectif ultime de cette structuration est de permettre aux artistes béninois de « vivre de leur art ». En encadrant l’exploitation des salles par des logiciels homologués et en assurant un contrôle rigoureux des recettes, l’État garantit une meilleure répartition des revenus entre les exploitants, les distributeurs et les producteurs. De plus, la création d’une cinémathèque nationale assurera la sauvegarde et la valorisation du patrimoine audiovisuel, créant de nouveaux débouchés dans les métiers de la conservation et de la restauration numérique.
En clair, si le cadre légal est désormais une réalité, le succès de l’industrie cinématographique béninoise dépendra de la capacité du pays à attirer des capitaux. En transformant le secteur en un domaine d’investissement rentable et sécurisé, le Bénin ne se contente pas de promouvoir sa culture ; il construit un pilier économique capable d’offrir un avenir professionnel à des milliers de jeunes passionnés par l’image animée.