Pendant trois décennies, le Québec a misé sur l’immigration pour compenser le vieillissement de sa population et combler ses pénuries de main-d’œuvre. En 2025, pour la première fois depuis 1997, la tendance s’est brutalement inversée.
Pour la première fois depuis 1997, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) enregistre un solde migratoire négatif dans la province : 51 413 résidents non permanents ont quitté le territoire québécois en solde net au cours de l’année 2025, selon des données publiées mercredi. La population totale de la province a reculé de 9 576 personnes, passant sous la barre des 9,1 millions d’habitants.
Ce retournement survient dans une province qui a longtemps misé sur l’immigration temporaire pour répondre à ses besoins en main-d’œuvre. Pendant plus de deux décennies, le Québec a maintenu un solde migratoire positif, attirant chaque année des dizaines de milliers de travailleurs étrangers, d’étudiants internationaux et de demandeurs d’asile pour soutenir une économie confrontée au vieillissement de sa population active.
Deux politiques convergentes
Le recul s’explique par la conjonction de mesures restrictives aux deux paliers de gouvernement. À Ottawa, les cibles d’admission de résidents temporaires ont été réduites de 43 % pour 2026 par rapport au plan précédent, selon Statistique Canada. Des dizaines de milliers de travailleurs et d’étudiants dont les permis arrivaient à échéance n’ont pas obtenu les autorisations nécessaires pour prolonger leur séjour.
Le gouvernement Legault a simultanément accéléré la réduction de sa population de résidents non permanents, avec un objectif fixé à 200 000 personnes. Québec a suspendu les demandes d’évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT) pour Montréal et Laval jusqu’au 31 décembre 2026, mis fin au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en novembre 2025, et conditionné le renouvellement de certains permis de travailleurs temporaires à la maîtrise du français.
Les demandeurs d’asile, seule catégorie en hausse
Toutes les sous-catégories de résidents non permanents n’ont pas suivi la même trajectoire. Le nombre de demandeurs d’asile a progressé, passant de 179 017 à 191 492 entre 2025 et 2026, selon l’ISQ. Ce sont les titulaires de permis de travail qui ont enregistré le recul le plus marqué, avec une baisse de 37 103 personnes, soit -16 % sur un an. L’immigration permanente, elle, est restée positive, avec 51 879 nouvelles admissions sur la période.
L’ISQ précise que ces données sont provisoires. Une annonce fédérale de renouvellement de permis de travail pour une durée maximale de douze mois pourrait modifier les chiffres définitifs attendus en 2026.
