Lundi 9 mars 2026, la compagnie pétrolière nationale bahreïnienne Bapco Energies a déclaré un cas de force majeure sur ses opérations après qu’une attaque de drones iraniens a provoqué un incendie à sa raffinerie de Sitra. Trente-deux personnes ont été blessées, selon les premiers bilans.
Une raffinerie stratégique frappée deux fois en quatre jours
Selon l’agence de presse officielle du Bahreïn, un premier incendie limité avait déjà touché la raffinerie le 5 mars, à la suite d’un missile iranien, sans faire de victimes. La nouvelle frappe du 9 mars, conduite par des drones, a provoqué des dégâts plus importants dans la zone industrielle d’Al-Ma’ameer.
Bapco a confirmé dans un communiqué que ses opérations avaient été « affectées par le conflit régional en cours et la récente attaque contre son complexe de raffinage ». La clause de force majeure protège l’entreprise de pénalités contractuelles vis-à-vis de ses clients internationaux.
La raffinerie, vieille de 90 ans et récemment portée à une capacité d’environ 400 000 barils par jour, traite la quasi-totalité de la production nationale. Plus de 80 % de ses produits sont exportés, selon Al Arabiya English.
La stratégie iranienne : frapper l’énergie du Golfe pour peser sur Washington
Depuis le 28 février 2026, date du lancement de l’offensive conjointe américano-israélienne contre l’Iran, Téhéran a engagé une riposte sur les infrastructures énergétiques des États du Golfe. Saudi Aramco a suspendu ses opérations à Ras Tanura (550 000 barils/jour) après une frappe de drone. Des installations pétrolières aux Émirats et à Fujairah ont également été touchées. QatarEnergy a interrompu sa production de GNL, selon les données compilées par l’AFP et Reuters.
« Le fait que l’Iran s’attaque aux infrastructures pétrolières des pays du Golfe, c’est un niveau de risque qu’on n’avait pas directement anticipé », a déclaré Adel El Gammal, professeur en géopolitique de l’énergie à l’ULB, interrogé par la RTBF. Le baril de Brent s’envolait vers les 100 dollars ce 9 mars, contre 72,76 dollars à la veille du déclenchement du conflit.
Bahreïn, cible symbolique autant qu’énergétique
L’île de 800 km² abrite à la fois la raffinerie Bapco et le Naval Support Activity Bahrain, quartier général de la Cinquième Flotte américaine, distant d’environ douze kilomètres du site frappé. Viser Bapco constituerait ainsi, selon les observateurs, un signal simultané aux marchés mondiaux, à la marine américaine et aux monarchies du Golfe.
Le Bahreïn, comme l’Irak, le Koweït et le Qatar, dépend presque entièrement du détroit d’Ormuz pour ses exportations pétrolières, contrairement à l’Arabie Saoudite et aux Émirats, qui disposent d’oléoducs de substitution. Cette dépendance structurelle en fait une cible à fort impact avec un minimum de moyens engagés, selon Jérôme Sabathier, directeur du département économique de l’IFP Energies Nouvelles.
Bapco a indiqué que les besoins du marché intérieur bahreïnien demeuraient « pleinement assurés » conformément à ses plans de contingence, sans fixer d’échéance pour la reprise normale des expéditions. Selon Chris Wright, ministre américain de l’Énergie, interrogé le 8 mars par CNN, les perturbations des flux pétroliers et gaziers dans la région ne devraient durer « au pire que quelques semaines, pas des mois » — une évaluation que les marchés n’auraient pas encore intégrée à ce stade.

