Le mouvement chiite libanais Hezbollah a promis dimanche 1er mars 2026 de « faire face à l’agression » américano-israélienne ayant coûté la vie au guide suprême iranien Ali Khamenei, sans préciser la nature de sa réponse. Une formulation délibérément ouverte qui, au lendemain des frappes les plus dévastatrices jamais menées contre Téhéran, laisse planer une incertitude lourde sur l’évolution du conflit.
Une ligne rouge franchie, une réponse suspendue
Dans un communiqué publié dimanche, le secrétaire général du Hezbollah Naïm Qassem a déclaré que son organisation « accomplirait son devoir » et ne quitterait pas « le terrain de la résistance ». Le groupe pro-iranien n’a pas annoncé d’action militaire concrète contre Israël, mais le choix des mots tranche avec la retenue affichée lors de la guerre des 12 jours de juin 2025, durant laquelle le Hezbollah avait choisi de ne pas intervenir malgré les frappes israéliennes sur l’Iran.
La donne a changé le 28 février 2026. Ce jour-là, les forces américaines et israéliennes ont lancé l’opération conjointe « Epic Fury », une série de frappes massives sur Téhéran et plusieurs villes iraniennes ayant tué, selon le Croissant-Rouge iranien, plus de 200 personnes. Ali Khamenei, 86 ans, guide suprême de la République islamique depuis 1989, a péri dans la destruction de sa résidence. Or, un responsable du Hezbollah avait indiqué à l’AFP quelques jours avant les frappes que toute attaque contre le guide suprême constituerait une « ligne rouge » pour l’organisation. Cette ligne a été franchie.
Israël frappe simultanément le sud du Liban
La prudence du Hezbollah s’explique aussi par la situation militaire sur son propre territoire. Simultanément au lancement de l’opération contre l’Iran, l’armée israélienne a frappé des cibles du mouvement dans le sud du Liban, ciblant selon les Forces de défense israéliennes des puits de tunnels et des sites de lancement de roquettes. Washington a parallèlement transmis un message au président libanais Joseph Aoun via l’ambassadeur américain Michel Issa : Israël n’escaladerait pas au Liban tant qu’il n’y serait pas attaqué depuis ce territoire.
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a de son côté affirmé que Beyrouth refuserait d’être « entraîné » dans le conflit, une position qui place le Hezbollah dans une position délicate entre ses engagements envers Téhéran et les équilibres internes libanais. Le discours télévisé de Naïm Qassem, initialement prévu samedi soir, a été reporté sans explication, selon le Times of Israel.
L’Iran en riposte, la région sous tension
L’Iran a de son côté répondu aux frappes par des tirs de missiles contre Israël et les bases américaines dans le Golfe persique. Des explosions ont été rapportées par des journalistes de l’AFP à Jérusalem, Riyad, Doha, Manama et Dubaï. La base navale américaine de la Cinquième Flotte à Bahreïn a été touchée par un missile, selon les autorités bahreïnies. Téhéran a déclaré avoir ciblé vingt-sept bases américaines dans la région, sans que ce bilan ait pu être vérifié de manière indépendante.
Le gouvernement iranien a annoncé 40 jours de deuil national et mis en place un triumvirat de transition composé du président Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï et du dignitaire religieux Alireza Arafi. Pezeshkian a qualifié la mort de Khamenei de « déclaration de guerre contre les musulmans » et affirmé que la vengeance constituait un « droit et un devoir légitime ».
Le Conseil de sécurité de l’ONU, où la Russie et la Chine disposent d’un droit de veto, s’est réuni en session d’urgence samedi soir. Aucune résolution n’en est sortie. La prochaine prise de parole publique attendue de Naïm Qassem devrait préciser si le Hezbollah entend donner un contenu concret à sa promesse de « faire face à l’agression » — ou maintenir cette ambiguïté comme levier de pression.
