Nucléaire iranien : 20 ans de prison aux USA pour un yakuza qui a tenté d'armer Téhéran

Un chef de la mafia japonaise yakuza, Takeshi Ebisawa, 61 ans, a été condamné lundi 3 mars 2026 à vingt ans de prison par le tribunal fédéral du district sud de New York pour avoir tenté de vendre des matières nucléaires à usage militaire à l’Iran, a annoncé le département américain de la Justice.

La sentence a été prononcée par la juge fédérale Colleen McMahon à l’issue d’une procédure dans laquelle Ebisawa avait plaidé coupable, en janvier 2025, de six chefs d’accusation incluant le trafic international de matières nucléaires, de stupéfiants et d’armes. La condamnation survient alors que les États-Unis et Israël mènent depuis le 28 février 2026 une campagne de frappes militaires contre l’Iran, baptisée Operation Epic Fury du côté américain, dont l’un des objectifs déclarés est de détruire le programme nucléaire iranien.

Une opération sous couverture de la DEA

L’affaire remonte à 2019, année où la Drug Enforcement Administration (DEA) a ouvert une enquête sur Ebisawa pour trafic de stupéfiants et d’armes à grande échelle. Au cours de cette investigation, le chef yakuza a lui-même mis en contact les agents infiltrés avec son réseau criminel, actif au Japon, en Thaïlande, en Birmanie, au Sri Lanka et aux États-Unis.

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Dès 2020, Ebisawa a informé un agent infiltré de la DEA qu’il disposait d’un accès à de grandes quantités de matières nucléaires issues du Myanmar, extraites par un chef de groupe armé local. Il a proposé de céder 50 tonnes métriques d’uranium et de thorium pour 6,85 millions de dollars, avant d’offrir du plutonium qu’il décrivait comme plus «puissant» pour fabriquer des armes nucléaires. L’acheteur ciblé était un associé de l’agent infiltré, qui se présentait comme un général iranien chargé du programme d’armement nucléaire de Téhéran.

En février 2022, Ebisawa et deux co-conspirateurs ont présenté des échantillons des matières dans un hôtel de Phuket, en Thaïlande. Saisis avec l’assistance des autorités thaïlandaises et transférés aux autorités américaines, ces échantillons ont été analysés par un laboratoire fédéral de forensique nucléaire, qui a confirmé la présence d’uranium, de thorium et de plutonium de qualité militaire. Ebisawa a été arrêté le 4 avril 2022 à Manhattan lors d’une opération conjointe.

Des charges cumulées sur trois fronts criminels

Au-delà du volet nucléaire, le département américain de la Justice retient contre lui d’avoir planifié la livraison de 500 kilogrammes de méthamphétamine et 500 kilogrammes d’héroïne destinés au marché new-yorkais, en échange de missiles sol-air pour des groupes armés birmans. Il a également blanchi 100 000 dollars de fonds présentés comme des revenus du narcotrafic, transférés des États-Unis vers le Japon moyennant une commission de 15 %.

«Takeshi Ebisawa a été tenu responsable de ses crimes, notamment une tentative de vente de plutonium de qualité militaire à l’Iran», a déclaré John Eisenberg, procureur général adjoint chargé de la sécurité nationale au département de la Justice.

La condamnation à vingt ans correspond au maximum légal prévu pour le chef de trafic international de matières nucléaires. Une période de cinq ans de liberté surveillée a été ajoutée à la peine d’emprisonnement. Emprisonné depuis son arrestation en avril 2022, Ebisawa a passé près de quatre ans en détention provisoire avant le prononcé de la sentence.

La peine intervient alors que les forces américaines et israéliennes ciblent les infrastructures nucléaires iraniennes depuis le 28 février, avec notamment des frappes confirmées sur le site d’enrichissement de Natanz, en Ispahan, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le procureur américain Jay Clayton a qualifié le trafic de matières nucléaires de «menace existentielle pour chaque New-Yorkais et chaque Américain», soulignant que l’opération avait mobilisé des partenaires en matière d’application de la loi sur trois continents.

Le co-accusé d’Ebisawa, le ressortissant thaïlandais Somphop Singhasiri, 61 ans, arrêté dans les mêmes conditions en avril 2022, attend toujours son jugement devant la même juridiction fédérale new-yorkaise.

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