Joseph Kabila l’affirme sans détour : la crise congolaise n’est pas militaire, elle est systémique. Dans une interview publiée lundi 23 mars 2026 par La Libre Belgique, l’ancien président ne cache pas sa stratégie : discréditer la gestion de Félix Tshisekedi pour imposer un débat fondamental sur la refonte du régime politique.
Derrière ses critiques, Kabila défend une vision : celle d’une rupture radicale avec les structures actuelles. « Il faut balayer ce système », déclare-t-il, avant de préciser : « Je pense même qu’il faut changer la classe politique. » Kabila ne critique pas seulement la gouvernance de Tshisekedi ; il remet en question l’ordre politique lui-même.
Cette offensive intervient après huit ans de relations conflictuelles. Depuis leur alliance électorale de 2018, Kabila et Tshisekedi se sont fragilisés mutuellement. Après avoir accepté un arrangement initial où Tshisekedi accédait à la présidence tandis qu’il conservait le contrôle parlementaire, Kabila a progressivement perdu l’influence. En 2024 et 2025, le conflit s’est aigri jusqu’à une condamnation à mort contre Kabila par une cour militaire.
Une Constitution fantôme pour justifier la refondation
L’ancien chef d’État met au cœur de son offensive un argument constitutionnel dévastateur. « Quelle Constitution ? Pour Kinshasa, elle n’existe pas. Elle est ignorée depuis 2019 », assène-t-il. Cette observation sert de socle à sa revendication centrale : non pas une simple révision, mais « l’adoption d’une nouvelle Constitution ». Le message est clair : les réformes partielles ne suffiront pas, seule une reconstruction légale permettra de sortir de l’impasse.
Tshisekedi visé pour son refus du dialogue
Kabila dirige ses traits les plus acérés contre le refus présidentiel de négocier. Il qualifie Tshisekedi de « va-t-en-guerre » et critique ouvertement « les processus de paix en cours, notamment les négociations de Doha et de Washington, qu’il juge inefficaces ». Selon Kabila, « l’actuel président a choisi l’escalade militaire plutôt que la voie de la négociation ». En refusant de s’engager dans des pourparlers sérieux, accuse-t-il implicitement, Tshisekedi ferme toute issue de sortie.
Pour galvaniser son offensive politique, Kabila brandit un scénario catastrophe. Le pays risque la « soudanisation », avertit-il, une expression désignant un effondrement prolongé du type de celui que traverse le Soudan voisin. « Seule une nouvelle approche par le dialogue peut sortir la RDC de l’ornière. Sans cela », insiste-t-il, le pire est à craindre.
Au-delà de la critique, un projet alternatif
Kabila ne propose pas seulement de critiquer Tshisekedi ; il esquisse un modèle politique concurrent. « Sous d’autres cieux, c’est à travers les élections qu’elle se renouvelle. Ici, il faudra peut-être instaurer des primaires », suggère-t-il, imaginant déjà les mécanismes d’une nouvelle gouvernance. Il appelle aussi à un travail de fond auprès de la population : « on ne peut envisager le changement de la situation actuelle avec le système en place ».
Son offensive contre Tshisekedi cache donc un objectif plus large : repositionner Kabila comme concepteur d’une alternative systémique, capable de transcender le conflit actuel par une refondation politique que Tshisekedi, selon lui, est trop belliqueux pour imaginer.
