Le président congolais Félix Tshisekedi a instruit son gouvernement, lors du Conseil des ministres du 27 février 2026 à Kinshasa, de prendre des mesures pour encadrer l’usage des réseaux sociaux en République démocratique du Congo. La directive, lue par le ministre de l’Économie numérique Augustin Kibassa Maliba, cible la désinformation, les injures publiques et les discours haineux diffusés sur les plateformes numériques.
Kinshasa active un cadre juridique existant
Le chef de l’État congolais n’a pas annoncé de suspension des réseaux sociaux. Il a enjoint au ministre de la Justice et au ministre de l’Économie numérique de proposer des mesures d’encadrement « responsables, éthiques et rationnelles », avec la possibilité, « le cas échéant, de mesures restrictives proportionnées, conformes à la loi ». Le ministre de la Communication a été chargé d’organiser des campagnes de sensibilisation avec les opérateurs publics et privés, tandis que les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur devront intégrer des modules de formation au numérique responsable dans les programmes scolaires et universitaires.
L’instrument juridique mobilisé est le Code du numérique congolais, adopté il y a près de trois ans mais demeuré largement méconnu du grand public et, selon le compte rendu officiel du Conseil des ministres, de certains acteurs institutionnels eux-mêmes. Sa vulgarisation constitue le premier volet de cette initiative.
Un précédent régional sans cadre électoral
La décision congolaise intervient dix jours après celle du Gabon, où la Haute Autorité de la Communication a ordonné, le 17 février, la suspension des réseaux sociaux « jusqu’à nouvel ordre » sur l’ensemble du territoire national. Facebook, TikTok, Instagram et YouTube restent inaccessibles à Libreville depuis cette date. Les deux décisions partagent le même motif officiel : la prolifération de contenus jugés attentatoires à la cohésion sociale et à la stabilité des institutions.
Ce qui distingue ces deux cas des précédents africains, c’est l’absence de déclencheur politique immédiat. Les suspensions de réseaux sociaux documentées sur le continent — au Sénégal en 2021 et 2024, en Ouganda lors de la présidentielle de 2021, en Éthiopie ou en Guinée — ont systématiquement accompagné des élections contestées ou des mouvements de protestation de rue. Au Gabon, le pays est sous transition militaire depuis le coup d’État d’août 2023, sans scrutin ni manifestation significative à l’horizon immédiat. En RDC, la mesure annoncée ne coïncide avec aucune échéance électorale.
Deux vitesses, une même direction
L’approche congolaise reste, pour l’heure, plus graduée que celle de Libreville. Tshisekedi n’a pas suspendu les plateformes : il a activé un cadre réglementaire et laissé ouverte la voie à des restrictions ciblées. Le Gabon, lui, a tranché d’emblée pour le blocage total, avant d’engager des négociations avec Meta et TikTok sur les conditions d’un retour à la normale.
Selon le média gabonais Gabon Review, la décision de la HAC est désormais observée comme un précédent régional, y compris par les autorités de pays voisins. NetBlocks, l’observatoire indépendant des restrictions d’internet, avait enregistré une hausse de 25 000 % des téléchargements de VPN en RDC dans les heures ayant suivi l’annonce gabonaise — signe que les internautes congolais avaient anticipé une mesure similaire.
Les ministres congolais concernés devront remettre au président un rapport d’exécution tous les quinze jours, selon le compte rendu officiel du Conseil des ministres du 27 février.
