Le Governing Body des Témoins de Jéhovah a annoncé vendredi 20 mars 2026 une modification de sa doctrine sur le sang, autorisant désormais les membres à prélever, conserver et réutiliser leur propre sang lors d’interventions chirurgicales programmées. L’organisation, dont le siège est établi dans l’État de New York, maintient en revanche l’interdiction de recevoir le sang d’un tiers.
Dans une déclaration vidéo diffusée sur jw.org, le membre du Governing Body Gerrit Lösch a présenté cette évolution comme une « clarification » doctrinale : « Chaque chrétien doit décider lui-même de l’usage de son propre sang dans les soins médicaux et chirurgicaux. » L’organisation a précisé dans un communiqué que sa « croyance fondamentale concernant le caractère sacré du sang demeure inchangée ».
Une doctrine maintenue depuis 1945
L’interdiction des transfusions remonte à 1945, quand la Watch Tower Bible and Tract Society a étendu sa lecture des textes bibliques pour englober le sang transfusé. Depuis 1961, tout membre acceptant sciemment une transfusion d’autrui s’exposait à une mise à l’écart formelle de la congrégation. Le changement annoncé concerne uniquement le sang dit autologue — celui prélevé sur le patient lui-même en amont d’une opération — dont le stockage préalable était jusqu’ici expressément interdit. Selon les spécialistes en médecine transfusionnelle, ce prélèvement peut être réalisé entre six semaines et cinq jours avant une intervention ; le sang est ensuite éliminé s’il n’est pas utilisé.
Des décès documentés, des familles divisées
La Watch Tower Society a elle-même reconnu que des membres sont décédés après avoir refusé une transfusion. Au Québec, un coroner a établi en 2017 que le refus de transfusion avait joué un rôle déterminant dans la mort de deux femmes, toutes deux Témoins de Jéhovah, des suites de complications obstétricales. Dans plusieurs pays dont le Canada et le Royaume-Uni, les tribunaux ont accordé aux équipes médicales le droit de passer outre le refus des parents lorsque la vie d’un enfant mineur est en jeu. Des proches de membres décédés ont régulièrement témoigné de pressions exercées par les comités de liaison hospitaliers de l’organisation pour maintenir le refus de transfusion face aux équipes soignantes.
Une réforme jugée insuffisante
Des anciens membres organisés au sein de groupes critiques estiment que l’assouplissement ne répond pas aux situations d’urgence. Dans une déclaration transmise à l’AP, l’un d’eux a souligné que la mesure ne couvre pas les transfusions potentiellement vitales de sang étranger — notamment pour les enfants atteints de certains cancers nécessitant des transfusions répétées. La limitation pratique est également géographique : une fraction significative des 9,2 millions de membres recensés dans plus de 200 pays et territoires vit dans des régions dépourvues d’infrastructures permettant la conservation du sang autologue.
L’organisation n’a pas précisé de calendrier d’application ni indiqué si ses formulaires de directives médicales anticipées, qui mentionnaient explicitement le refus de tout prélèvement autologue préalable, seraient mis à jour.

