Élu le 15 mars 2026 à la tête de Saint-Denis, deuxième commune la plus peuplée d’Île-de-France, Bally Bagayoko est devenu en trois semaines l’une des figures politiques les plus commentées de France. Cadre à la RATP, diplômé en géopolitique à l’université Paris-VIII, ancien entraîneur de basket ayant grandi dans les logements sociaux du nord de Saint-Denis : son parcours ne correspond à aucun des clichés que ses détracteurs lui assignent. C’est précisément ce décalage qui explique l’intensité des réactions provoquées par son élection.
Un profil qui ne rentre dans aucune case assignée
Né en 1973 à Levallois-Perret de parents originaires du village de Gouni, dans la région malienne de Koulikoro, Bagayoko n’a jamais quitté Saint-Denis. À 15 ans, il vend sur le marché du centre-ville. À 52 ans, il dirige la deuxième commune la plus peuplée d’Île-de-France après Paris. Entre les deux, 25 ans d’engagement local continu : adjoint au maire chargé des sports, vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis entre 2008 et 2014, entraîneur du club Saint-Denis Union Sport qu’il a fait monter du niveau départemental jusqu’en Nationale 3 en moins de cinq ans. Ce profil — méritocratique, sédentaire, enraciné dans le service public — contredit point par point le discours qui prétend l’impossible.
La décompensation comme révélateur
La réaction à son élection a pris une forme documentée. Sur CNews, le psychologue Jean Doridot a évoqué, lors d’un débat consacré aux premiers jours de son mandat, la notion de « grands singes » pour qualifier son autorité. Le philosophe Michel Onfray a décrit son appel à l’unité municipale comme l’attitude d’un « mâle dominant ». Le soir même de son élection, une citation tronquée — « ville des Noirs » à la place de « ville des rois et du peuple vivant » — a circulé sur les réseaux sociaux, relayée y compris par des journalistes de RMC et de France 5, qui ont depuis présenté des excuses publiques. Le parquet de Paris a ouvert le 2 avril une enquête pour injure publique à caractère raciste, confiée à l’Office central de lutte contre la haine en ligne, ainsi qu’une enquête distincte pour cyberharcèlement.
6 000 personnes et une échéance nationale
Le 4 avril, Bagayoko a rassemblé environ 6 000 personnes — chiffre de la préfecture — sur le parvis de la mairie de Saint-Denis lors d’un rassemblement citoyen contre le racisme. Il a annoncé un second rassemblement le 3 mai à Paris. Sur France 2, il a exprimé son ambition de faire de Saint-Denis un point de départ d’une dynamique nationale sur les questions de discrimination, à un an de l’élection présidentielle de 2027.
