Cinq élus de La France insoumise — les députés Danièle Obono, Aly Diouara, Carlos Martens Bilongo et Nadège Abomangoli, ainsi que le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko — ont déposé plainte à Paris pour injures publiques à caractère raciste, a annoncé vendredi l’AFP, citant leur avocate. La plainte fait suite à la réception, le 26 mars, d’un courrier adressé au groupe parlementaire LFI à l’Assemblée nationale, détournant une page de la bande dessinée Tintin au Congo pour représenter des personnages noirs de manière dégradante.
Le document, qui mentionnait nommément les cinq élus ainsi que Jean-Luc Mélenchon avec l’inscription « échappés du zoo de Beauval », a été qualifié de « négrophobe » par LFI dans un communiqué publié le 2 avril. Trois des plaignants ont également déposé une seconde plainte à Tarbes (Hautes-Pyrénées), après la découverte ce week-end de tags à Bagnères-de-Bigorre les visant.
Un contexte de harcèlement depuis l’élection de Bagayoko
La plainte intervient après plusieurs semaines de tensions autour de Bally Bagayoko, élu maire de Saint-Denis dès le premier tour des municipales du 15 mars 2026. Fin mars, deux intervenants sur CNews avaient tenu des propos polémiques à son égard : le psychologue Jean Doridot l’avait associé à « la famille des grands singes », tandis que le philosophe Michel Onfray lui reprochait une attitude de « mâle dominant ». Le maire avait alors déposé plainte contre la chaîne et les deux intervenants. Le parquet de Paris avait ouvert une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion », confiée à l’Office central de lutte contre la haine en ligne.
Le 4 avril, Bagayoko avait organisé un rassemblement antiraciste devant la mairie de Saint-Denis, auquel plusieurs milliers de personnes avaient répondu, aux côtés de personnalités de gauche. Aucun membre du gouvernement n’avait fait le déplacement.
La justice saisie, le gouvernement sous pression
La ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, avait annoncé le 3 avril demander un signalement au procureur de la République concernant les courriers reçus par les élus. Ce n’est pas la première fois que Danièle Obono recourt à la justice pour des faits similaires : en 2020, elle avait porté plainte contre un hebdomadaire français, qui l’avait représentée en esclave dans une fiction illustrée. Le directeur de publication et un journaliste du magazine avaient été définitivement condamnés par la Cour de cassation en janvier 2024 pour injure à caractère racial. La suite de la procédure dépendra de la qualification retenue par le parquet de Paris, saisi de la plainte déposée jeudi.



