Un cessez-le-feu conclu in extremis dans la nuit du 7 au 8 avril 2026, une heure seulement avant l’expiration de l’ultimatum américain qui menaçait de détruire l’Iran, a suspendu cinq semaines de frappes croisées au Moyen-Orient. Washington et Téhéran ont accepté une trêve de deux semaines en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz, via la médiation du Pakistan. Le bilan comparatif des monarchies du Golfe révèle un écart frappant : le sultanat d’Oman, seul État de la région à avoir maintenu une neutralité active tout au long du conflit, enregistre les pertes les plus faibles et sort de la guerre avec son rôle diplomatique intact, voire renforcé.
Un bilan humain sans commune mesure avec les voisins
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les Émirats arabes unis, qui ont essuyé 165 missiles balistiques et 541 drones iraniens, déplorent trois morts et 58 blessés, selon le ministère émirati de la Défense. Des frappes ont touché l’aéroport d’Abou Dhabi, des quartiers résidentiels de Dubaï et des sites touristiques emblématiques comme le Burj Al Arab. Le Qatar, hôte de la plus grande base militaire américaine de la région, a subi 65 missiles et 12 drones, qui ont contraint QatarEnergy à suspendre temporairement sa production de gaz naturel liquéfié. Au Koweït, un mort et 32 blessés ont été recensés, la base aérienne d’Ali Al-Salem accueillant du personnel américain ayant été directement touchée. À Bahreïn, dont le territoire abrite le quartier général de la Cinquième flotte américaine, les explosions ont été visibles depuis le centre de Manama. L’Arabie saoudite, mieux protégée par sa défense aérienne, a néanmoins vu la raffinerie d’Aramco à Ras Tanura subir des dégâts matériels et l’ambassade américaine à Riyad partir en flammes après des tirs de drones.
Oman, de son côté, enregistre 3 morts et 15 blessés sur l’ensemble du conflit, selon les données compilées à partir de sources officielles omanaises. Les frappes ont ciblé les ports de Duqm et de Salalah, ainsi qu’une zone industrielle à Sohar — des infrastructures portuaires, non des zones civiles densément peuplées.
Une neutralité que Téhéran a elle-même ménagée
L’écart de traitement n’est pas fortuit. Après les premières frappes sur le port de Duqm le 1er mars, le porte-parole des Gardiens de la révolution iranienne a qualifié ces attaques de « très suspectes », affirmant qu’elles n’avaient pas été ordonnées par l’état-major, et réaffirmant qu’Oman demeurait un « pays ami et frère ». Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a précisé que ces frappes avaient été conduites par des unités agissant de manière indépendante. Une distanciation publique qu’aucun autre pays du Golfe n’a obtenue de la part de la République islamique.
Cette retenue iranienne repose sur une relation diplomatique de longue date. Le sultanat servait déjà de canal de médiation entre Washington et Téhéran avant le déclenchement des hostilités : des négociations nucléaires indirectes s’y étaient tenues à Mascate en février 2026, quelques jours avant les premières frappes israélo-américaines du 28 février. Pendant le conflit, Oman a poursuivi ce rôle, facilitant notamment la libération des ressortissants français Cécile Kohler et Jacques Paris, détenus en Iran. Le président Emmanuel Macron a remercié publiquement Mascate pour ses « efforts de médiation ».
Médiateur reconnu à l’issue du cessez-le-feu
À l’annonce de la trêve, le sultanat a publié un communiqué appelant à « intensifier les efforts pour parvenir à un arrêt durable de l’état de guerre », saluant le rôle du Pakistan tout en soulignant l’importance d’une solution durable. Une posture qui contraste avec les déclarations d’autres membres du Conseil de coopération du Golfe, dont l’Arabie saoudite avait dénoncé des « agressions inacceptables et injustifiables ».
Les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis doivent s’ouvrir vendredi à Islamabad, au Pakistan. La trêve de deux semaines, qui court jusqu’à fin avril, conditionne leur poursuite à la réouverture effective du détroit d’Ormuz, dont Oman partage la rive avec l’Iran.



