Le Numérique, ce gisement de compétences que la jeunesse africaine banalise

En 2026, l’Afrique est plus connectée que jamais. Dans les rues de Dakar, d’Abidjan, de Douala, de Kinshasa ou de Cotonou, le spectacle est identique : des millions de jeunes, les yeux rivés sur leurs smartphones, font défiler à l’infini,des flux de vidéos. Entre deux chorégraphies suggestives, des influenceurs s’écharpent sur des polémiques politiques ou alimentent le « Gbèrè » -ce mélange de commérage social et de rapports de faits divers-qui sature l’espace numérique. Mais derrière ce rideau de divertissement parfois stérile se cache, une réalité que peu exploitent, celle de se former professionnellement.

L’Afrique possède la population la plus jeune de la planète. C’est une force, mais c’est aussi une cible. Pour beaucoup, Internet se résume à une consommation passive. On « scrolle » pour tuer le temps, on commente pour exister, on partage pour rire et parfois informer. Pourtant, chaque heure passée à regarder une vidéo de « trémoussement » ou à suivre une énième dispute d’influenceurs est une heure soustraite à la construction d’un profil professionnel compétitif.

Le paradoxe est frappant. Alors que le taux de chômage des diplômés reste préoccupant, les entreprises peinent à trouver des profils séduisants. Le fossé ne se comble pas à l’université, souvent trop lente à adapter ses programmes, mais sur les plateformes d’apprentissage en ligne (e-learning).

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Un arsenal de certifications à portée de clic

Le Numérique n’est pas qu’un outil de distraction, c’est un levier d’ascension sociale. Aujourd’hui, un jeune étudiant peut, parallèlement à son cursus classique, obtenir des certifications de renommée internationale sans débourser un seul franc.

Des géants comme Google, Microsoft ou Cisco proposent des programmes complets en marketing digital, cybersécurité ou analyse de données. Des plateformes comme Coursera, edX ou OpenClassrooms permettent d’accéder gratuitement (en mode audit) à des cours dispensés par les plus grandes universités mondiales (Harvard, MIT, Polytechnique). Plus proche de nous, des initiatives comme Edumiaa ou OpenAcademie adaptent ces contenus aux réalités locales.

Ces certifications ne sont pas de simples « bouts de papier ». Elles attestent d’une compétence technique immédiate que les recruteurs s’arrachent. Un Master en économie couplé à une certification Google en Data Analytics pèsera toujours plus lourd qu’un diplôme isolé face à un employeur en 2026.

Le problème n’est pas l’outil, mais l’usage. L’heure est venue pour la jeunesse africaine de passer du statut de consommateur à celui de producteur de valeur. Être une « jeunesse active », ce n’est pas seulement être présent sur les réseaux sociaux pour commenter l’actualité ou les faits de société. C’est utiliser la data (souvent coûteuse) pour bâtir un portfolio, apprendre à coder, maîtriser l’intelligence artificielle ou comprendre les enjeux de la transition écologique. Le « Gbèrè » peut divertir un instant, mais il ne paie pas les factures et ne construit pas une nation. La digitalisation de l’Afrique est une opportunité historique de briser les barrières géographiques et financières de l’éducation.

L’urgence d’un changement de paradigme

Il ne s’agit pas de diaboliser le divertissement, (le rire fait partie de l’ADN culturel du continent noir), mais de rééquilibrer la balance. Si 10 % seulement du temps passé à visionner des contenus futiles était réorienté vers l’apprentissage d’une langue étrangère sur des applications gratuites, le visage du marché de l’emploi africain changerait radicalement en peu de temps.

Les décideurs et les parents ont aussi un rôle à jouer : celui d’orienter les jeunes vers ces espaces de formation peu connus. Internet est une bibliothèque universelle dont les portes sont grandes ouvertes. Il serait tragique que la génération qui détient les clés de l’avenir préfère rester sur le pas de la porte, occupée à regarder des vidéos qui s’effacent aussi vite qu’on les fait défiler. Votre smartphone est-il un jouet, ou votre futur bureau ? La question reste posée à chaque jeune.

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