Morts suspectes de scientifiques en défense : Washington enquête, Pékin se tait

Onze scientifiques américains spécialisés en recherche nucléaire, armement avancé et technologie spatiale sont morts ou ont disparu dans des conditions non élucidées. Parallèlement, au moins neuf chercheurs chinois travaillant sur des programmes sensibles — intelligence artificielle militaire, armes hypersoniques, défense spatiale — ont connu un sort similaire. Le phénomène, qui touche les deux plus grandes puissances technologiques mondiales, suscite des interrogations croissantes dans les milieux de la défense et du renseignement.

Du côté américain : le FBI saisi, le Congrès alerte

Face à l’accumulation des cas, les autorités américaines ont décidé d’agir. Le FBI a ouvert une enquête, tandis que la Maison-Blanche a confirmé une coordination interagences sur le dossier. Au Congrès, le représentant républicain Eric Burlison (Missouri) a publiquement évoqué la piste d’une « opération étrangère », sans avancer de preuves directes. « Nous sommes en compétition avec la Chine, la Russie et l’Iran sur le nucléaire, les armes avancées et l’espace. Pendant ce temps, nos meilleurs scientifiques continuent de disparaître », a-t-il déclaré.

Les onze cas recensés concernent des experts dont les travaux portaient sur des domaines jugés stratégiques pour la sécurité nationale américaine. Les circonstances des décès ou disparitions n’ont pas été rendues publiques dans leur intégralité, les autorités invoquant la sensibilité des investigations en cours.

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Du côté chinois : des morts officiellement accidentelles, des doutes persistants

En Chine, le phénomène est documenté depuis plusieurs années par des médias sinophones et des publications taïwanaises, mais il reste largement occulté par les autorités continentales. Au moins neuf scientifiques travaillant dans des secteurs névralgiques — IA de combat, hypersonique, puces militaires, défense spatiale, sécurité des données — seraient morts dans des circonstances troubles. Les causes officielles déclarées varient : accidents de la route, maladies soudaines, ou simplement absence de toute explication.

Le cas le plus emblématique est celui de Feng Yanghe, professeur de 38 ans à l’Université nationale de technologie de défense, mort dans un accident de voiture à Pékin dans la nuit du 1er juillet 2023. Chercheur de premier plan en IA militaire, il aurait notamment développé la plateforme de simulation « War Skull », utilisée pour modéliser des scénarios de conflit, y compris autour de Taïwan. Les médias officiels l’ont décrit comme ayant été « sacrifié dans l’exercice de ses fonctions », une formulation réservée aux agents de l’État tombés en service, qui a immédiatement éveillé les soupçons des analystes. Son inhumation au cimetière de Babaoshan à Pékin a renforcé ces interrogations.

Parmi les autres cas documentés figurent des experts en météorologie satellitaire, en matériaux avancés, en technologie de drones et en puces pour armement haut de gamme. Li Minyong, chimiste biomédicale de 49 ans, lauréate d’un programme de talents du ministère de l’Éducation, est décédée à Guangzhou en novembre 2025 après une « maladie soudaine », selon sa notice nécrologique.

Une « guerre silencieuse » ? Les analystes divisés

Le parallélisme entre les deux séries de décès a conduit certains analystes militaires à formuler l’hypothèse d’une « guerre silencieuse des scientifiques » — une compétition souterraine visant à affaiblir le potentiel technologique de l’adversaire en éliminant ses chercheurs les plus précieux. « Si vous neutralisez ou intimidez quelques-uns des esprits les plus brillants travaillant sur des technologies de rupture, l’impact dissuasif est considérable », a confié un chercheur spécialiste de l’armée chinoise, sous couvert d’anonymat, à Newsweek.

Le précédent iranien nourrit ces spéculations : un nombre indéterminé de scientifiques nucléaires iraniens ont été assassinés, des opérations attribuées à Israël dans le cadre de sa stratégie de ralentissement du programme nucléaire de Téhéran.

À ce jour, aucune preuve tangible n’établit l’existence d’une campagne coordonnée d’élimination de scientifiques, ni que les États-Unis, la Chine ou la Russie se livrent à de telles opérations. Le South China Morning Post rappelle qu’« aucune preuve n’a émergé suggérant que ces cas soient liés à des enquêtes de sécurité nationale ». L’ambassade de Chine à Washington a indiqué ne pas être au courant des cas spécifiques mentionnés, réaffirmant l’attachement de Pékin à la coopération scientifique.

D’autres analystes privilégient des explications plus prosaïques : surmenage dans des programmes militaires sous pression extrême, accidents réels dans des environnements de recherche à hauts risques, ou coïncidences statistiques amplifiées par le contexte de rivalité géopolitique.

Un signal dans la course technologique mondiale

Qu’il s’agisse de coïncidences tragiques ou d’une réalité plus sombre, ces décès surviennent alors que la compétition technologique et militaire entre les deux puissances atteint un niveau inédit depuis la Guerre froide. L’IA militaire, les armes hypersoniques, la défense spatiale et le nucléaire constituent désormais les piliers de la puissance nationale des deux pays. Perdre, en peu de temps, plusieurs experts de premier rang dans ces domaines représente, quelle qu’en soit la cause, une vulnérabilité stratégique majeure.

Les enquêtes américaines en cours pourraient apporter des éléments de réponse dans les prochaines semaines. Pékin, de son côté, n’a pour l’instant annoncé aucune investigation officielle.

Sources : Newsweek, South China Morning Post, The Asian Mirror

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