Examens de fin d’année au Bénin : Il faut décourager la présence des parents aux abords des centres

Aux abords des centres d’examen du CEP, du BEPC ou du BAC au Bénin, le spectacle est désormais immuable. Sitôt les grilles franchies par les candidats, un tout autre pèlerinage commence pour les parents. Malgré les interdictions formelles des autorités d’éviter tout attroupement autour des centres d’examen, pour des raisons de sécurité et de sérénité, certains parents ne démordent pas. Cette présence permanente relève-t-elle d’une simple oisiveté ou trahit-elle un manque de confiance profond envers les capacités des enfants ?

Munis de nattes, de pagnes, de chaises pliantes et parfois de provisions pour la journée, les parents s’installent durablemement dans les encablures des établissements. Ils rivalisent d’ingéniosité, allant jusqu’à louer des espaces ombragés ou des terrasses de fortune pour tenir le siège. Pour beaucoup, rester sur place est perçu comme un devoir moral, un prolongement du sacrifice consenti tout au long de l’année scolaire. Pourtant, l’argument de la disponibilité pose question. Dans une société où l’économie informelle prédomine, bloquer deux à trois journées entières de travail représente un coût financier réel. L’hypothèse d’une simple « oisiveté » semble donc fragile.

La réponse se trouve plutôt dans une forme d’anxiété de performance par procuration. N’ayant plus aucun contrôle sur ce qui se passe à l’intérieur de la salle de composition, les parents tentent de gérer leur propre stress en restant physiquement le plus près possible de leur progéniture. Ce comportement dissimule inconsciemment une faille : une difficulté à accorder une autonomie totale à l’enfant au moment clé de ce grand défi républicain.

« Cette présence massive et statique n’influence en rien le rendement académique de l’enfant. Au contraire, elle s’avère souvent contre-productive. En s’installant ainsi, les parents envoient un signal paradoxal. Au lieu de rassurer, cela ravive chez le candidat un fort sentiment de dépendance. L’enfant peut intégrer l’idée que, sans la béquille physique de ses parents à quelques mètres, il n’est pas pleinement capable d’affronter l’épreuve. C’est le reflet d’un manque de confiance qui ne dit pas son nom. L’examen est un rite de passage vers l’autonomie ; en refusant de couper le cordon durant ces quelques heures, on retarde cette maturité psychologique », explique le Dr. Koffi Mensah, spécialiste en sciences de l’éducation.

Pour l’examen du CEP, on peut encore comprendre, vu le jeune âge des candidats. Mais pour le BEPC et le BAC, aucune explication ne sera plausible. L’enfant qui a affronté l’année scolaire tout seul devrait pouvoir tenir également seul devant un examen.

Risques collatéraux et incidents latents

Au-delà de l’impact psychologique sur les candidats, ce siège permanent crée de réels défis logistiques et sécuritaires. Les attroupements, même déportés de quelques dizaines de mètres des centres, encombrent les voies d’accès et peuvent compliquer l’intervention des forces de l’ordre ou des secours en cas d’urgence.

De plus, la promiscuité prolongée entre parents stressés favorise les tensions. Il n’est pas rare de voir des disputes éclater pour une place à l’ombre ou autour de rumeurs sur la « dureté » d’une épreuve qui vient de sortir. Si ces incidents mineurs n’entachent pas directement le déroulement des examens à l’intérieur des salles, ils polluent l’environnement immédiat et rajoutent une pression sonore et émotionnelle inutile dont les enfants n’ont pas besoin à la sortie. À l’heure où le système éducatif béninois se modernise, la gestion de « l’après-grille » par les familles reste un chantier culturel. Apprendre à faire confiance à son enfant, c’est aussi accepter de rentrer chez soi et de l’attendre grandir, seul face à sa copie.

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