Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a averti le 20 avril que le monde fait face à une menace d’escalade nucléaire. Ses déclarations au Telegraph interviennent dans une situation d’instabilité géopolitique accentuée par l’expiration, en février 2026, du traité New START régissant le contrôle des arsenaux entre Washington et Moscou.
Le traité New START, signé en 2010 et seul accord limitant les arsenaux nucléaires américain et russe, a expiré sans être remplacé. La guerre en Ukraine se poursuit, un conflit majeur opposant les États-Unis et Israël à l’Iran a éclaté en février 2026, et la rivalité sino-américaine s’intensifie. Avec la disparition de New START, Washington et Moscou ne sont plus soumis à des plafonds d’ogives ni tenus de permettre les inspections mutuelles.
Un système de non-prolifération fragilisé
M. Grossi dans son intervention, a qualifié la course aux armements nucléaires de « pire crainte », estimant que le cadre international se désagrège. Selon lui, « à un moment donné, nous verrons une fissure dans le système. Et ensuite, nous aurons un effet domino ». Le responsable de l’AIEA s’inquiète particulièrement de discussions publiques dans plusieurs capitales sur la violation du Traité de non-prolifération nucléaire.
Selon le patron de l’AIEA, la Pologne, la Corée du Sud et le Japon figurent parmi les pays où s’intensifient les débats parlementaires sur l’acquisition d’armes nucléaires. Ces trois nations, jusqu’à présent non dotées, connaissent des pressions sécuritaires. La montée de ces discussions reflète les tensions accrues en Europe de l’Est et en Asie du Pacifique.
La prolifération en cascade
Grossi redoute un scénario d’environ 20 États équipés d’armes nucléaires. Il a formulé cette hypothèse en observant que plusieurs gouvernements abordent désormais publiquement ces enjeux — ce qui représente un changement par rapport aux décennies précédentes, où la question restait largement confinée aux cercles diplomatiques fermés.
Les préoccupations du chef de l’AIEA s’appuient sur plusieurs dossiers concrets. La Syrie, après la chute du régime Assad, pose des questions sur la localisation de matériel nucléaire. Le programme nord-coréen « avançait assez vite », tandis que la Chine poursuit une « croissance régulière » de ses capacités nucléaires.
L’appel à la stabilité
Pour Grossi, le renforcement des engagements envers la non-prolifération devient urgent. Il a appelé la communauté internationale à consolider les « balises » du système, notamment en prévoyant une succession au traité New START disparu.
L’AIEA doit convoquer sa conférence générale avant la fin de l’année. Cette assemblée constituera une opportunité pour relancer le débat international sur les mesures de contrôle et de transparence nécessaires pour limiter la prolifération que redoute Grossi.
