Assassinat de Lumumba : la mort de Davignon ouvre un nouveau front judiciaire contre Bruxelles

Étienne Davignon, ancien diplomate belge et seul survivant parmi les dix personnalités visées par la plainte pour l’assassinat de Patrice Lumumba, est décédé le 18 mai 2026 à Bruxelles, à l’âge de 93 ans. Sa mort éteint automatiquement les poursuites pénales engagées contre lui, mais les avocats de la famille Lumumba ont annoncé le même jour l’ouverture d’une procédure civile directement dirigée contre l’État belge.

Le cabinet d’avocats représentant les descendants du premier Premier ministre du Congo indépendant a précisé dans un communiqué que des démarches judiciaires seraient engagées notamment sur le plan civil et contre l’État belge, afin d’établir la responsabilité institutionnelle dans les crimes commis en janvier 1961. « Après plus de six décennies d’impunité, la disparition de Monsieur Davignon ne saurait clore le combat porté par la famille Lumumba », ont-ils indiqué.

Une procédure pénale éteinte avant d’avoir abouti

La chambre du conseil de Bruxelles avait ordonné, le 17 mars 2026, le renvoi de Davignon devant le tribunal correctionnel pour participation à des crimes de guerre — spécifiquement pour détention et transfert illicite d’un prisonnier de guerre, privation du droit à un procès équitable et traitements humiliants et dégradants. Il avait interjeté appel de cette décision. Sa mort intervient avant que cette procédure d’appel n’aboutisse, rendant tout jugement pénal impossible.

La plainte initiale avait été déposée en juin 2011 par François Lumumba et plusieurs membres de la famille. Des dix Belges visés à l’origine — fonctionnaires, policiers et agents de renseignement actifs au moment de l’indépendance congolaise —, Davignon était le dernier encore en vie. En janvier 2026, dix petits-enfants de Patrice Lumumba s’étaient joints à la procédure en tant que parties civiles.

L’État belge comme prochaine cible

Le recours civil contre l’État belge s’appuie sur les bases factuelles et juridiques établies lors de l’instruction pénale. Les réquisitions du parquet fédéral et la décision du 17 mars constituent, selon les avocats de la famille, « des fondements historiques et juridiques essentiels à la poursuite de la quête de justice ».

La Belgique avait reconnu en 2002, à l’issue d’une commission d’enquête parlementaire, une responsabilité morale dans l’assassinat de Lumumba. Cette reconnaissance n’a jamais débouché sur une condamnation judiciaire. Le calendrier de la nouvelle procédure civile n’a pas encore été précisé par les avocats de la famille.

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