L’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP) a organisé, vendredi 15 mai 2026 à Cotonou, un débat consacré aux institutions juridiques africaines et à leurs rapports avec le pouvoir exécutif. Le professeur Victor Topanou, maître de conférences en science politique à l’Université d’Abomey-Calavi et ancien député de la 9e législature, y a présenté son analyse des limites actuelles des contre-pouvoirs dans plusieurs États africains.
La rencontre portait sur le thème : « Les institutions juridiques en Afrique : entre contre-pouvoir et continuité du pouvoir exécutif ». Elle intervenait un mois après la conférence inaugurale du trimestre animée par Théodore Holo. Le panel réunissait également l’honorable Habibou Woroucoubou et Me Luc Martin Hounkanrin.
Victor Topanou évoque une tendance universelle du pouvoir
Interrogé sur les raisons qui conduisent certaines institutions à perdre leur rôle de contrôle de l’exécutif, Victor Topanou a replacé le débat dans une perspective plus large que le seul cadre africain. Selon lui, la concentration du pouvoir et les risques d’abus constituent une réalité politique universelle ayant conduit des penseurs comme John Locke et Montesquieu à théoriser la séparation des pouvoirs.
L’universitaire estime toutefois que les situations varient selon les traditions institutionnelles. Il a distingué les systèmes politiques de plusieurs pays anglophones d’Afrique de l’Ouest, notamment le Ghana, le Liberia et le Nigeria, de ceux observés dans plusieurs États francophones.
Pour illustrer son propos, l’ancien ministre de la Justice a rappelé certaines périodes de la vie institutionnelle béninoise où des organes de contrôle avaient exercé une influence significative face à l’exécutif. Il a cité la Cour constitutionnelle du Bénin dirigée à l’époque par Pognon lors de la défaite électorale de Nicéphore Soglo, ainsi que certaines législatures de l’Assemblée nationale présidées par Adrien Houngbédji.
Quatre facteurs de vulnérabilité des institutions
Victor Topanou a ensuite détaillé ce qu’il considère comme les principales fragilités des contre-pouvoirs dans plusieurs États africains. La première concerne le pouvoir de nomination du chef de l’État. Selon lui, les responsables désignés à des fonctions institutionnelles développent souvent une forme de dépendance à l’égard de l’autorité qui les a nommés.
Le second facteur est d’ordre culturel. Le professeur a opposé ce qu’il qualifie de « devoir de gratitude », très présent dans certaines sociétés africaines, à une logique institutionnelle d’indépendance observée dans d’autres démocraties. Cette relation de fidélité personnelle pourrait, selon lui, peser sur certaines décisions publiques.
L’universitaire a également évoqué l’existence de dossiers de corruption susceptibles d’être utilisés comme moyens de pression contre des responsables politiques ou institutionnels. À cela s’ajoutent, d’après lui, les influences familiales ou affectives pouvant intervenir dans les prises de décision au sommet de l’État.
Des réformes institutionnelles proposées
Face à ces difficultés, Victor Topanou a défendu une combinaison de réponses éducatives et institutionnelles. Il considère l’éducation civique comme un levier de long terme pour renforcer la culture démocratique et l’autonomie des institutions publiques.
À court terme, il a plaidé pour des ajustements techniques dans le fonctionnement des juridictions administratives, judiciaires et constitutionnelles. Parmi les pistes évoquées figure notamment l’instauration de mandats uniques pour certaines fonctions institutionnelles afin de limiter les risques de dépendance liés aux renouvellements de mandat.
Questionné sur la possibilité d’obtenir des contre-pouvoirs totalement indépendants, le l’homme politique s’est montré réservé. « Je crains que oui », a-t-il déclaré au sujet du risque permanent d’influence exercée par l’exécutif sur certaines institutions. La rencontre organisée par l’IAJP s’inscrit dans le cycle de débats lancé par l’institut autour des enjeux de gouvernance, de justice et de fonctionnement démocratique au Bénin et en Afrique. D’autres conférences thématiques sont annoncées pour le trimestre en cours par les organisateurs.
