L’Union africaine apporte son soutien à la nouvelle stratégie togolaise pour le Sahel et exhorte les acteurs régionaux à transformer les engagements en mesures concrètes. Mamadou Tangara, Haut Représentant du Président de la Commission de l’UA pour le Mali et le Sahel, s’est exprimé en ce sens vendredi 29 mai lors de l’émission « Notre Afrique — la voix de la diplomatie », consacrée au dialogue africain et à la stabilité régionale.
Une stratégie togolaise saluée par l’AES
Le Togo a présenté le 18 avril à Lomé sa nouvelle stratégie pour le Sahel couvrant la période 2026-2028. Cette initiative remplace la stratégie de 2021 et s’articule autour de cinq piliers : le dialogue politique avec l’Alliance des États du Sahel, le bon voisinage et la coexistence pacifique, la coopération économique sous-régionale, la lutte contre le terrorisme et enfin la diplomatie régionale et internationale. La réunion de haut niveau a réuni les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger, qui ont unanimement salué cette initiative.
C’est dans ce cadre que Tangara exprime le soutien de l’Union africaine. Il souligne le positionnement du Togo dans la relance du dialogue régional. « Le Togo s’est démarqué très tôt de l’atmosphère au niveau de la CEDEAO en prenant le dialogue », affirme-t-il. Le Haut Représentant note que la République togolaise a su cultiver un capital de confiance auprès des États du Sahel : « Le Togo a toujours eu une oreille attentive, les a écoutés et c’est pour cela qu’aujourd’hui il dispose d’un capital de confiance qui lui permet d’être écouté par ces gens-là et de pouvoir jouer un rôle constructif dans l’unité de la sous-région. »
Une cacophonie stratégique à éviter
Tangara avertit cependant sur les risques liés à la multiplication des initiatives régionales. « Les différentes stratégies, dès l’instant qu’elles sont motivées par la bonne foi et l’intention de créer une région stable et prospère, ne posent pas problème », reconnaît-il. Mais il appelle à la coordination : « Plus il y a de fleurs dans le jardin, plus le jardin est beau, mais il est important qu’on puisse accorder nos violons. Si tout le monde vient avec sa stratégie et qu’il n’y a pas une coordination, on risque d’avoir une cacophonie qui sera au détriment de l’intérêt central et de la région en général. »
Le représentant de l’UA envisage une intégration des approches. « La stratégie du Togo s’ajoute aux nombreuses stratégies qui visent à trouver une solution au Sahel. L’Union africaine essayera de piocher dans toutes ces stratégies, de voir ce qui peut amener les gens à travailler ensemble et à créer un nouveau cadre de consultation et de coopération », précise-t-il.
Sécurité et concrétisation : deux exigences centrales
Tangara insiste sur l’urgence sécuritaire et la nécessité d’allier diplomatie et action militaire : « La diplomatie sans le militaire, c’est comme un orchestre sans instruments. On doit pouvoir allier les deux parce que c’est une question de survie pour la région. » Il établit cependant une exigence centrale : « Il ne suffit pas de parler et de disparaître. Il faut que ça se traduise en réalité concrète sur le terrain, en action concrète. » Cette mise en garde vise les engagements pris lors de la réunion de haut niveau du 18 avril à Lomé, réunissant le Togo et les États de l’Alliance du Sahel. L’UA s’engage à accompagner cette transition de la stratégie vers son opérationnalisation.
