Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a réaffirmé lundi 11 mai, lors d’une réunion ministérielle à Nairobi l’exigence du continent d’obtenir deux sièges permanents avec droit de veto et cinq sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU. Cette position a été exposée en marge du Sommet Afrique-France, lors d’une séance dédiée à la réforme de l’organe de régulation de la paix et de la sécurité internationales.
Le président de la Commission a insisté sur le caractère non négociable de cette revendication. « L’Afrique ne demande pas une faveur ; l’Afrique exige la correction d’une injustice historique », a-t-il déclaré, pointant l’anachronisme d’une structure figée depuis 1945, quand la majorité des États africains n’existaient pas encore en tant qu’entités souveraines, colonisés à l’époque de la création de l’Organisation.
L’absence de l’Afrique dans le mécanisme décisionnel
Le Conseil de sécurité compte actuellement cinq membres permanents—États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni—tous issus de régions extérieures à l’Afrique. Sur les dix sièges non permanents renouvelés tous les deux ans, l’Afrique ne peut occuper que deux ou trois positions. Ce déséquilibre contraste avec le poids démographique du continent : 54 États sur les 193 membres de l’ONU, 1,3 milliard d’habitants, et la présence majeure de soldats de la paix de l’ONU dans les opérations africaines.
Les États-Unis, Russie, France et Royaume-Uni détiennent chacun un siège permanent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une configuration que le Secrétaire général António Guterres a qualifiée en mai 2026 de reflet de « l’ordre géopolitique de 1945 » plutôt que des réalités contemporaines.
Un momentum politique en marche
La position africaine s’appuie sur le Consensus d’Ezulwini (2005) et la Déclaration de Syrte (1999), deux documents de référence adopté par l’UA fixant les contours de cette demande. Youssouf a souligné le soutien apporté par la France, le Kenya et la Sierra Leone pour faire progresser le « Modèle africain », une formulation de la revendication continentale.
L’adhésion permanente de l’UA au G20 en 2023 a renforcé cet argument. Cette inclusion démontre, selon Youssouf, que les institutions de gouvernance mondiale peuvent évoluer pour intégrer davantage de représentation et répondre aux transformations du contexte international.
Le président de la Commission a appelé à une « coordination politique plus forte » et à des « alliances stratégiques » pour transformer le consensus émergent en mesures concrètes. Aucun calendrier n’a été fixé pour une réforme formelle du Conseil de sécurité, celle-ci requérant l’accord des cinq membres permanents actuels et le soutien de deux tiers de l’Assemblée générale.
