Derrière chaque grand basculement économique de l’histoire moderne, il y a d’abord eu une explosion de population — le Nigeria est aujourd’hui au seuil de ce moment.
Le vice-président nigérian Chettima a réaffirmé en février 2025, lors d’une réunion avec le directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT) Gilbert Houngbo à la Villa présidentielle d’Abuja, que le Nigeria dépassera les États-Unis pour devenir la troisième nation la plus peuplée du monde d’ici 2050. Une projection qui place le pays devant un choix structurel sans précédent sur le continent africain.
Une trajectoire confirmée par les institutions internationales
Les chiffres avancés par Chettima s’appuient sur des projections établies. Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) estime que la population nigériane atteindra 400 millions d’habitants à l’horizon 2050, contre environ 235 millions aujourd’hui. L’ONU précise que cette croissance représente à elle seule l’équivalent de la population actuelle des États-Unis. À titre de comparaison, le Nigeria comptait moins de 80 millions d’habitants en 1982 ; sa population a depuis lors été multipliée par trois en quarante ans, une vitesse de croissance sans équivalent parmi les grandes nations. L’âge médian s’établit à 19 ans, ce qui signifie que la majorité de la population active de 2050 est déjà née.
Ce que ce basculement change à l’échelle mondiale
Dépasser les États-Unis en nombre d’habitants ne relève pas du seul symbole. Avec 400 à 440 millions de consommateurs potentiels, le Nigeria deviendrait le premier marché du continent africain et l’un des plus grands marchés émergents de la planète. Le cabinet PricewaterhouseCoopers projette que le Nigeria pourrait figurer parmi les dix premières économies mondiales d’ici 2050, avec un PIB estimé à 6 400 milliards de dollars, sous réserve de réformes structurelles soutenues. La Division de la population de l’ONU souligne par ailleurs que la part de l’Afrique dans la population mondiale atteindra 28 % en 2050 — soit plus d’un habitant de la planète sur quatre —, un rééquilibrage qui modifiera les flux commerciaux, migratoires et diplomatiques à l’échelle globale. Le Nigeria, en tant que premier contributeur à cette dynamique, se trouverait au centre de ce rééquilibrage.
Entre dividende et désastre : le poids des conditions
Le Forum économique mondial souligne que 23 % des jeunes Nigérians sont en recherche active d’emploi, tandis que 32 % sont inactifs ou sous-employés. La Banque africaine de développement estime que l’Afrique devra créer 68 millions d’emplois nouveaux d’ici 2030 pour absorber les seuls entrants sur le marché du travail — le Nigeria représentant un quart de cette demande. Des économistes citent les trajectoires de la Corée du Sud et du Bangladesh comme modèles : ces deux pays ont transformé une poussée démographique comparable en croissance économique soutenue grâce à des investissements massifs dans l’éducation et l’industrie légère. Une réduction du taux de fécondité d’un enfant par femme au Nigeria se traduirait, selon des projections académiques, par une hausse du PIB par habitant de 13 % sur vingt ans.
Des réformes en cours, des résultats attendus
Le gouvernement Tinubu a engagé depuis 2023 plusieurs réformes structurelles — suppression de la subvention aux carburants, unification du taux de change, révision du code du travail — dont les effets sur l’emploi et l’investissement restent à mesurer sur la durée. Chettima a formulé l’enjeu en ces termes lors de la réunion avec l’OIT : « Avec les bonnes politiques, nous pouvons transformer ce dividende démographique en opportunité plutôt qu’en désastre. » Le Nigeria n’a pas encore procédé à un recensement national depuis 2006 ; un nouveau recensement, dont la date reste à confirmer, conditionne la fiabilité des politiques publiques à mettre en place pour accompagner cette transition.
