Révolution numérique au Bénin : Quand l'identité unique transforme des vies

L’identité légale, longtemps réservée à une partie de la population urbaine ou instruite, est désormais une réalité pour tous au Bénin. Des chemins poussiéreux de Kouaténa, dans le Nord-Ouest, aux marchés d’Adjarra, au Sud-Est, la réforme nationale d’identification, concrétisée par la carte « C’est Moi », parvient à inclure les plus vulnérables dans le tissu économique et social du pays. Pourtant, derrière ces chiffres impressionnants et ces réussites, l’Agence Nationale d’Identification des Personnes (ANIP) fait face à d’importants défis structurels et technologiques qu’elle doit surmonter afin de faciliter la vie quotidienne des citoyens béninois.

Financé par la Banque mondiale dans le cadre du Projet régional d’identification unique pour l’intégration régionale et l’inclusion (WURI), avec un budget total de 273 millions de dollars, dont 45 millions spécifiquement pour le Bénin, ce programme a changé la donne dans un pays où, il n’y a pas longtemps, un quart de la population n’avait pas d’acte de naissance. Les chiffres montrent que la grande majorité de la population béninoise est maintenant inscrite dans la base de données biométrique. Plus de 7,7 millions de personnes ont leur Numéro Personnel d’Identification (NPI), et plus de 6,1 millions de certificats d’identification personnelle (CIP) ont été délivrés gratuitement.

Pour Aristide Adjinacou, directeur général de l’ANIP, cette dynamique découle d’une vision claire : « Nous permettons à chacun d’accéder aux services socio-économiques, d’ouvrir un compte, de posséder un téléphone mobile. Nous y arrivons grâce à nos talents, à l’écosystème national, et à nos partenaires comme le projet WURI. »

Du statut d’invisible à celui d’acteur économique

Sur le terrain, ces chiffres se traduisent par des vies changées. À Kouatena, Simplice, jeune de 11 ans, montre fièrement sa carte « C’est Moi ». Sans acte de naissance, son avenir scolaire risquait de s’arrêter avant le Certificat d’études primaires (CEP). « Avant, il fallait se déplacer et dépenser de l’argent. Maintenant, nos enfants les obtiennent facilement et gratuitement », confie sa mère, Gnondo Bio Kpera, soulagée. À Adjarra, Pélagie Sagbo a pu transformer son commerce d’huile de palme. Avant d’avoir une pièce d’identité officielle, elle ne pouvait pas accéder aux banques. L’obtention de la carte a déclenché tout cela : l’accès au crédit, l’ouverture d’un compte, et l’expansion de sa boutique. Augustine Assogba, vendeuse de mercerie, a également vu ses enfants exclus de l’école faute de papiers. Grâce à ce dispositif, elle a suivi une formation, ouvert un compte Mobile Money, obtenu un microcrédit et formalisé son activité. L’identité n’est plus seulement une exigence administrative. Elle est maintenant un levier pour l’entrepreneuriat, l’accès à l’emploi formel, et l’autonomisation financière des femmes.

Des zones d’ombre

Le défi de l’analphabétisme et des langues nationales. Bien que le processus d’identification soit en marche, l’accès universel à ces services se heurte encore aux réalités sociologiques du Bénin, comme le taux élevé d’analphabétisme. Pour une grande partie de la population, l’utilisation exclusive du Français pour les plateformes et les démarches constitue une barrière invisible, mais bien réelle. Pour humaniser cette réforme, l’ANIP doit surmonter ce défi culturel. Des leaders d’opinion et des usagers suggèrent d’intégrer les langues nationales comme le Fon, le Yoruba, le Bariba ou le Dendi dans les interfaces et les procédures de délivrance du CIP. Permettre à un citoyen non alphabétisé de comprendre les étapes de sa demande sans avoir à passer par un intermédiaire coûteux est crucial pour garantir une véritable équité sociale.

L’autre grand défi pour l’ANIP est de stabiliser ses infrastructures numériques. Bien que la digitalisation des demandes ait désengorgé les guichets physiques, la plateforme en ligne souffre parfois de problèmes techniques. Entre les bugs, les ralentissements pendant les périodes de forte affluence, et les erreurs de traitement, les usagers peuvent rester bloqués à des moments donnés pour obtenir des documents urgents. Corriger ces faiblesses techniques et renforcer les serveurs doivent être des priorités absolues pour l’agence.

Le Bénin se distingue par son déploiement de l’identité biométrique. La carte « C’est Moi » a redonné dignité et avenir économique à des millions de Béninois. Cependant, pour réussir pleinement cette transition numérique sans exclusion, l’ANIP devra améliorer ses outils technologiques pour les rendre plus fiables et plus accessibles aux citoyens qui ne parlent pas français. C’est le prix à payer pour que l’identité devienne un droit fluide pour chaque Béninois.

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