Sahel : l'armée américaine avoue ne plus pouvoir suivre l'EI et Al-Qaïda

Le général Dagvin Anderson, chef de l’US Africa Command, a averti le Sénat américain, jeudi 14 mai, que le Pentagone ne dispose plus des moyens suffisants pour détecter le moment où les groupes affiliés à l’État islamique et à Al-Qaïda dans le Sahel acquerront la capacité de frapper le territoire des États-Unis.

Devant la commission des forces armées du Sénat, le général Anderson a résumé l’équation sécuritaire en ces termes : ces organisations ont « la volonté et l’intention » de cibler les intérêts américains, mais l’US Africa Command ne serait plus en mesure de fournir les alertes précoces permettant d’identifier le passage de l’intention à la capacité opérationnelle réelle, rapporte Bloomberg. C’est précisément ce basculement que Washington ne serait plus en position d’anticiper.

Le retrait du Niger, tournant décisif

Le recul américain au Sahel a connu son épisode le plus significatif en septembre 2024, lorsque les États-Unis ont achevé leur retrait des bases militaires au Niger, après que la junte au pouvoir depuis le coup d’État de 2023 eut exigé leur départ. Ce retrait a privé l’US Africa Command d’un point d’appui central pour la surveillance des mouvements djihadistes dans la région.

La situation sur le terrain s’est depuis dégradée. Le 25 avril 2026, le JNIM — Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique — a mené, conjointement avec les combattants touaregs du Front de Libération de l’Azawad, une offensive coordonnée contre plusieurs institutions gouvernementales maliennes, aboutissant à l’assassinat du ministre de la Défense Sadio Camara, tué dans l’attentat-suicide à la voiture piégée contre sa résidence de Kati, à une quinzaine de kilomètres de Bamakoselon Al Jazeera.

Un vide que ni Paris ni Washington ne comblent

La France a retiré ses forces du Mali en 2022, puis du Niger et du Burkina Faso dans les mois suivants, sous pression des juntes militaires au pouvoir. Les gouvernements de transition du Sahel ont simultanément accueilli des instructeurs militaires russes, reconfigurant les équilibres sécuritaires de la région sans pour autant endiguer la progression djihadiste.

Selon l’Africa Center for Strategic Studies, Al-Shabaab — affilié d’Al-Qaïda en Afrique de l’Est — lève environ 100 millions de dollars par an grâce à un système de taxation et d’extorsion, illustrant la capacité de financement autonome que ces organisations ont développée sur le continent.

L’audition du général Anderson devant le Sénat intervient alors que le Congrès américain examine les crédits alloués à l’US Africa Command pour l’exercice budgétaire 2027. Les arbitrages sur les ressources en renseignement et en surveillance dédiées à l’Afrique devraient être tranchés dans les prochaines semaines.

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