Le gouvernement zimbabwéen a annoncé être en cours de restitution de 67 fermes confisquées sous l’ère Mugabe à des ressortissants de quatre pays européens. Le ministre de l’Agriculture, Anxious Masuka, a fait cette déclaration devant le Parlement le 7 mai 2026, en réponse à une question d’un élu.
Les propriétés concernées appartiennent à des ressortissants danois, suisses, allemands et néerlandais. Leur restitution est rendue possible par les Accords bilatéraux de promotion et de protection des investissements (BIPPA) que le Zimbabwe avait signés avec ces pays avant le lancement du programme de réforme agraire en 2000. « Nous sommes en train de leur restituer ces terres », a déclaré le ministre Masuka.
Une dette extérieure qui conditionne le processus
La démarche de Harare répond directement aux exigences des créanciers internationaux. La dette extérieure du Zimbabwe atteignait 13,6 milliards de dollars en septembre 2025, dont 7,7 milliards en arriérés, selon les données du Trésor zimbabwéen. Le Fonds monétaire international, qui a approuvé un programme de suivi économique pour le pays, ainsi que les gouvernements occidentaux impliqués dans les négociations sur la dette, ont posé la résolution des litiges fonciers comme condition préalable à tout allègement.
Les quatre pays concernés par cette restitution participent au dialogue sur la restructuration de la dette zimbabwéenne et figurent parmi ses principaux bailleurs de fonds au titre de l’aide au développement.
Un programme de réforme agraire aux conséquences durables
À partir de 2000, le président Robert Mugabe avait encouragé la saisie de fermes appartenant à des agriculteurs blancs, présentée officiellement comme une mesure de rééquilibrage des inégalités foncières héritées de la période coloniale. Plus de 5 400 exploitations avaient été confisquées, dont 116 protégées par des BIPPA selon un document interne du ZANU-PF de 2013. Ces saisies avaient provoqué l’effondrement de la production agricole commerciale et une crise monétaire majeure en 2008.
En 2020, le gouvernement du président Emmerson Mnangagwa avait signé un accord d’indemnisation de 3,5 milliards de dollars avec environ 4 000 anciens agriculteurs blancs zimbabwéens pour les améliorations réalisées sur leurs exploitations — mais non pour la valeur des terres elles-mêmes. La restitution annoncée cette semaine constitue une mesure distincte, applicable uniquement aux ressortissants étrangers protégés par des traités bilatéraux.
Le Trésor zimbabwéen a alloué 20 millions de dollars à l’indemnisation des agriculteurs BIPPA dans le budget 2024, dont 18,2 millions déjà versés en décembre 2024 à 85 bénéficiaires sur 94 dossiers approuvés. Le processus de restitution physique des 67 fermes est, selon le ministre Masuka, toujours en cours.
