Quatre cent mille tonnes. C’est le cap que s’est fixé la filière cotonnière ivoirienne pour la campagne 2026/2027, après deux années consécutives de contre-performances. Brou Kouakou, directeur exécutif de l’Association Professionnelle des Sociétés Cotonnières de Côte d’Ivoire (APROCOT-CI), a annoncé cet objectif le 24 juin. Un volume qui resterait largement inférieur à celui visé par les deux leaders régionaux de l’or blanc, le Bénin et le Mali.
Avant le coton, la Côte d’Ivoire a déjà démontré sa capacité à dominer des filières agricoles entières à l’échelle mondiale. Le pays reste le premier producteur et exportateur mondial de cacao, avec une part de marché dépassant 40 % des volumes commercialisés sur la planète. Il s’est également hissé au rang de premier exportateur africain de noix de cajou brute, un secteur qui a connu une croissance fulgurante au cours de la dernière décennie. La filière café, plus modeste, conserve elle aussi une place reconnue parmi les productions historiques du pays. Le coton, en revanche, n’a jamais retrouvé l’élan de ces filières concurrentes, plombé par des crises sanitaires successives et une volatilité chronique des rendements.
Une campagne 2025/2026 marquée par les déceptions
La production ivoirienne s’est établie à 310 398 tonnes lors de la campagne qui s’achève, l’un des niveaux les plus bas enregistrés depuis cinq ans. L’objectif initial, fixé à 550 000 tonnes, n’a pas été atteint. Brou Kouakou a évoqué de faibles précipitations durant la période de semis de juin, ayant compromis l’implantation des cultures dans plusieurs zones. La hausse du coût des intrants, engrais et pesticides en tête, liée aux tensions au Moyen-Orient et à l’augmentation des prix du carburant, a aggravé la situation. Le nombre de producteurs a chuté à 79 979, contre 99 793 un an plus tôt, soit une baisse de près de 20 %. Seul indicateur en progression : le rendement à l’hectare, passé de 871 kg à 1,14 tonne, malgré une réduction de 18,7 % des superficies cultivées, ramenées à 290 208 hectares.
Le Bénin et le Mali visent des hausses à deux chiffres
Le contraste avec les ambitions régionales est net. Le Bénin, premier producteur ouest-africain, a fixé à 700 000 tonnes son objectif pour 2026/2027, une décision actée en Conseil des ministres début juin et portée par le président Romuald Wadagni. Une prime de 10 FCFA par kilogramme sera versée aux producteurs si ce seuil est dépassé, pour une enveloppe estimée à 7 milliards de FCFA. Le pays avait produit 647 290 tonnes lors de la campagne précédente, devançant le Mali.
Ce dernier, via la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT), vise une production comprise entre 598 500 et 650 000 tonnes selon les annonces successives de son conseil d’administration et du gouvernement, contre 433 700 tonnes en 2025/2026. La CMDT prévoit d’étendre les surfaces cultivées de 50 %, pour atteindre 630 000 hectares.
Si l’objectif ivoirien de 400 000 tonnes était atteint, il constituerait la troisième meilleure performance du pays depuis le record de 559 266 tonnes établi en 2020/2021. Brou Kouakou a indiqué que la filière visait une remontée progressive jusqu’à 600 000 tonnes à l’horizon 2030. La période des semis pour la nouvelle campagne doit s’achever fin juin, avant une récolte prévue entre octobre et janvier.


