Uranium du Niger : la Roumanie se positionne pour un tiers du stock bloqué

Une entreprise roumaine se serait positionnée pour racheter un tiers du stock d’uranium immobilisé à l’aéroport de Niamey. Des documents obtenus par Jeune Afrique et MDMG Sahel révèlent cette démarche, alors que la cargaison reste bloquée depuis fin 2025 en raison du différend opposant le Niger à Orano.

Une cargaison à l’arrêt depuis novembre

Le chargement concerné provient du site minier d’Arlit, exploité jusqu’en juin 2025 par la Somaïr, filiale nationalisée par le pouvoir militaire nigérien. Un convoi d’environ 1 000 tonnes de concentré d’uranium avait quitté cette mine fin novembre 2025 en direction du port de Lomé, avant d’être stoppé à Niamey. La marchandise, entreposée près de la base aérienne 101, a depuis été déplacée vers des zones jugées plus sûres au sein de l’enceinte aéroportuaire, selon plusieurs sources proches du dossier. Sa valeur marchande est estimée entre 230 et 380 millions d’euros selon les évaluations.

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Orano, ancienne opératrice du site avant sa nationalisation, revendique toujours une part de ce stock et a obtenu en septembre 2025 une décision du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) interdisant à Niamey de vendre cette production. Le groupe français a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international contre l’État nigérien depuis la perte de contrôle de ses filiales minières.

Plusieurs candidats déjà positionnés

La proposition roumaine ne serait pas la seule sur la table. Selon des informations rapportées par Le Monde, un accord aurait été trouvé avec le groupe russe Rosatom, portant sur environ un millier de tonnes de concentré, dans le prolongement d’un protocole conclu entre les deux parties en juillet 2025. Des négociations discrètes avec l’Iran auraient également été engagées, en échange de la fourniture de générateurs destinés à combler le déficit énergétique nigérien, selon des informations reprises par plusieurs médias internationaux. Le président togolais Faure Gnassingbé s’était rendu à Niamey début décembre 2025, avant que l’acheminement du convoi vers Lomé ne soit suspendu.

Le ministre nigérien des Mines, Ousmane Abarchi, avait indiqué en mai 2026 que « certaines sociétés et certains pays » avaient manifesté leur intérêt, précisant que des discussions étaient en cours avec des acheteurs « sérieux« . Aucun nom n’avait alors été communiqué.

Un secteur redéfini depuis 2023

L’industrie nigérienne de l’uranium a connu une profonde recomposition depuis le changement de pouvoir survenu en juillet 2023. Outre la nationalisation de la Somaïr, le permis d’exploitation du gisement d’Imouraren, l’un des plus vastes au monde avec environ 200 000 tonnes de réserves estimées, a été retiré à Orano en juin 2024. Le Niger, qui a fourni près de 5 % de la production mondiale d’uranium ces dernières années selon l’Association nucléaire mondiale, avait exporté l’essentiel de sa production vers la France depuis le début de l’exploitation industrielle en 1971.

L’attaque menée fin janvier 2026 par un groupe armé près de l’aéroport de Niamey, où sont stockées les mille tonnes de concentré, a relancé les interrogations sur la sécurité du site. L’issue judiciaire de l’arbitrage engagé par Orano pourrait conditionner la concrétisation de toute cession, y compris celle envisagée avec la partie roumaine.

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