La Première ministre italienne Giorgia Meloni et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez se sont opposés jeudi lors d’un sommet européen à Bruxelles, sur fond de désaccord concernant la décision de Madrid de régulariser environ 500 000 migrants en situation irrégulière. L’échange a eu lieu en marge des discussions consacrées à la politique migratoire de l’Union européenne, selon trois diplomates et un responsable européen cités par POLITICO.
La tension est montée après que Sánchez a défendu le bilan de l’Espagne en matière migratoire, affirmant que son approche différait de celle de nombreux autres gouvernements européens et qu’elle avait permis de réduire les arrivées irrégulières depuis l’Afrique. Les chiffres officiels confirment effectivement un net recul des entrées irrégulières en Espagne au premier trimestre 2026.
Un porte-parole du gouvernement espagnol a indiqué que la position de Madrid sur l’immigration était « bien connue », confirmant que Sánchez avait défendu cette ligne durant les discussions du sommet. Le gouvernement espagnol s’est dit « plus que disposé » à débattre du sujet, sans toutefois commenter directement la référence aux arrivées africaines. Du côté italien, un responsable a relativisé l’incident, le qualifiant « non pas de clash mais d’échange normal entre dirigeants ».
Un plan de régularisation contesté à Bruxelles
Le programme espagnol, annoncé début février 2026 par le gouvernement de coalition de Sánchez, permet à tout étranger résidant en Espagne depuis au moins cinq mois avant le 31 décembre 2025, sans antécédent judiciaire, de demander un titre de séjour et de travail d’un an, renouvelable quatre ans. Les demandeurs d’asile dont la procédure a été déposée avant cette date butoir entrent également dans le champ du dispositif, de même que les enfants mineurs à charge.
La Commission européenne aurait pourtant exprimé de fortes réserves face à cette initiative. Trois responsables européens ont indiqué à Euronews que Bruxelles craignait une contradiction avec la ligne migratoire actuelle de l’Union, articulée autour du renforcement des expulsions plutôt que des régularisations massives.
Le contexte d’un durcissement migratoire européen
L’accrochage entre les deux dirigeants est intervenu au lendemain de l’adoption par le Parlement européen d’un texte facilitant l’expulsion des demandeurs d’asile déboutés. La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a été félicitée pour ce vote par la Première ministre danoise Mette Frederiksen, qui avait obtenu l’inscription du dossier migratoire à l’ordre du jour du Conseil européen d’octobre.
Cette adoption fait suite à une nouvelle législation européenne autorisant la création de centres de renvoi dans des pays tiers pour les demandeurs d’asile refusés. Dix-neuf des vingt-sept États membres ont déjà signé une lettre commune italo-danoise, révélée en premier lieu par POLITICO, appelant à une mise en œuvre rapide des mesures d’expulsion. Plusieurs capitales travailleraient actuellement à l’application concrète de ce nouveau cadre, notamment à travers la création de structures dans des pays tiers.
Le dossier migratoire, déjà inscrit à l’agenda du Conseil européen d’octobre à la demande du Danemark, devrait rester l’un des points de friction majeurs entre les capitales européennes dans les prochains mois, alors que Rome et Madrid campent sur des approches diamétralement opposées.
