L’once d’or s’échangeait à 3 972 dollars le 24 juin 2026, franchissant à la baisse le seuil des 4 000 dollars pour la première fois depuis novembre 2025. Le métal précieux a cédé jusqu’à 3,8% en séance, entraînant également l’argent sous les 60 dollars l’once pour la première fois depuis décembre.
Ce repli porte la perte cumulée de l’or à environ 29% par rapport à son sommet historique de 5 608 dollars, atteint en janvier 2026. La Réserve fédérale américaine et le raffermissement du dollar constituent les moteurs principaux de cette accélération baissière, selon les données compilées par TradingEconomics et l’agence Bloomberg.
Le repositionnement des marchés sur les taux d’intérêt
Lors de sa réunion du 17 juin, la Fed a maintenu son taux directeur dans une fourchette de 3,50% à 3,75%. Ses projections trimestrielles ont toutefois révélé un net durcissement des anticipations internes : la médiane du taux directeur visé pour fin 2026 est passée à 3,8%, contre 3,4% en mars, tandis que la prévision d’inflation PCE est remontée à 3,6%.
Les opérateurs de marché ont rapidement ajusté leurs paris en conséquence. Selon l’outil FedWatch du CME Group, la probabilité d’une hausse des taux d’ici septembre atteint désormais environ 68%, contre 29% une semaine plus tôt. Une telle perspective pèse mécaniquement sur l’or, actif qui ne génère aucun rendement et perd en attractivité face à des obligations mieux rémunérées.
L’indice du dollar a atteint un sommet sur douze mois, proche de 101,71 points, rendant le métal jaune plus coûteux pour les acheteurs utilisant d’autres devises. Depuis la réunion de la Fed, l’or a perdu plus de 4% de sa valeur.
Un dénouement géopolitique qui retire une partie de la prime de risque
L’apaisement des tensions au Moyen-Orient a également contribué au repli, dans une moindre mesure. Le président américain Donald Trump a publié sur le réseau Truth Social des précisions sur les modalités de l’accord-cadre conclu avec l’Iran, mentionnant l’absence de droits de passage dans le détroit d’Ormuz et un encadrement strict de l’utilisation des fonds iraniens débloqués, réservés à l’achat de produits agricoles américains.
Cette clarification aurait facilité la reprise du trafic maritime dans la zone, réduisant les craintes d’une perturbation durable des approvisionnements énergétiques mondiaux. Les cours du pétrole ont reculé en conséquence, atténuant les pressions inflationnistes qui avaient jusque-là soutenu la demande de valeurs refuges. Le rôle exact de cette annonce dans le mouvement du 24 juin reste toutefois difficile à isoler des autres facteurs, les analystes de Bloomberg et de Kitco attribuant l’essentiel de la baisse à la dynamique des taux américains. Un repli marqué des valeurs technologiques américaines a accentué la pression vendeuse, certains investisseurs ayant arbitré leurs positions sur l’or pour compenser des pertes ailleurs dans leurs portefeuilles.
Les prévisions des grandes banques revues à la baisse
Plusieurs établissements financiers ont abaissé leurs objectifs de prix. Goldman Sachs a ramené sa cible de fin d’année 2026 de 5 400 à 4 900 dollars, invoquant l’absence attendue de baisse de taux par la Fed cette année. La banque évoque un scénario à 4 400 dollars en cas de hausse effective des taux.
Deutsche Bank a réduit sa prévision pour le quatrième trimestre de plus d’un cinquième, à 4 800 dollars, après avoir visé 6 000 dollars initialement. Citigroup a abaissé sa cible à trois mois de 4 300 à 4 000 dollars.
Le seuil des 4 000 dollars, qui faisait office de support psychologique majeur depuis le rallye de 2025, est désormais surveillé comme indicateur de la suite du mouvement. Les prochains rendez-vous attendus par les marchés sont la publication de l’indice PCE, baromètre d’inflation privilégié par la Fed, ainsi que les données sur l’emploi et le PIB américain du premier trimestre, prévues dans les jours suivants.
