Une décision judiciaire attendue mardi peut bouleverser l’équilibre du Rassemblement national à huit mois de la présidentielle de 2027. Avant cette échéance, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont choisi d’apparaître unis samedi 4 juillet à Liévin, dans le Pas-de-Calais, lors d’une fête champêtre réservée aux militants du parti.
Une mise en scène de loyauté à quelques jours du jugement
Sur scène, Bardella a salué celle qui l’a lancé en politique. « Je veux lui redire mon total soutien, ma totale amitié, lui redire que je me suis engagé pour elle en politique, pour la voir élue présidente de la République« , a-t-il déclaré, ajoutant espérer la voir accéder à l’Élysée dans les prochains mois.
Le Pen lui a répondu en engageant sa propre loyauté envers son dauphin, promettant de soutenir sa candidature jusqu’à la victoire si la justice venait à l’écarter de la course présidentielle. La cour d’appel de Paris doit en effet se prononcer le 7 juillet sur l’affaire des assistants parlementaires européens du RN, où elle est mise en cause pour un système présumé de détournement de fonds publics chiffré à 1,4 million d’euros. Le tribunal correctionnel l’avait condamnée en première instance en mars 2025, assortissant la peine d’une exécution provisoire qui la rend inéligible dès ce jugement, sans attendre l’issue d’un pourvoi en cassation. Si la cour d’appel confirme cette sanction, les mêmes effets s’appliqueraient immédiatement à sa candidature.
Une unité de façade minée par des désaccords sur les retraites
Cette démonstration de solidarité intervient toutefois après plusieurs semaines de dissensions internes, documentées lors d’un séminaire stratégique du RN. Le 12 juin, l’état-major du parti s’est réuni à huis clos dans l’Essonne pour tenter d’harmoniser sa ligne avant l’échéance du 7 juillet, la réforme des retraites ayant fait apparaître des divisions entre Le Pen et Bardella, ce dernier défendant une orientation jugée plus libérale par plusieurs cadres du parti. Dans l’entourage de Bardella, on minimise la portée du désaccord, les retraites ne représentant, selon cette source, qu’un point parmi d’autres dans les livrets programmatiques du RN. Un cadre du parti a néanmoins reconnu que la communication du président du RN sur ce dossier avait compliqué la position du mouvement, sans que cette divergence ne soit officiellement confirmée comme un désaccord de fond.
Un rapport de force qui s’inverse dans l’opinion
Un baromètre Odoxa-Mascaret réalisé pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale crédite désormais Bardella de 40 % d’opinions favorables, un point devant Le Pen, à 39 %. Le rapport s’est totalement retourné en quatre ans : en juin 2022, elle obtenait 36 % d’adhésion contre seulement 21 % pour lui.
Sur les conséquences d’une possible inéligibilité, les électeurs restent partagés. 42 % des sondés jugent qu’une mise à l’écart de Le Pen ne modifierait pas fondamentalement les rapports de force internes, les deux dirigeants jouissant selon eux d’une crédibilité équivalente. 32 % y voient plutôt une chance de renouvellement pour le parti, tandis que 24 % redoutent la perte d’une candidate qu’ils jugent irremplaçable.
La thèse du procès politique peu partagée par les Français
L’idée d’un acharnement judiciaire, défendue depuis des mois par Le Pen et plusieurs cadres du RN, ne convainc qu’une minorité de l’opinion. Toujours d’après cette enquête, six sondés sur dix considèrent qu’elle bénéficie d’un traitement judiciaire ordinaire, quand quatre sur dix y voient une sévérité liée à son statut politique. Une majorité nette, près des trois quarts des personnes interrogées, ne pense pas qu’une condamnation fragiliserait durablement la formation à moyen terme.
Le rassemblement de Liévin ressemble ainsi à une répétition anticipée d’un scénario de succession, sans que le parti ne le formule ouvertement. La réponse viendra mardi 7 juillet, quand la cour d’appel tranchera entre le maintien de Marine Le Pen dans la course à un quatrième mandat et l’ouverture d’un boulevard présidentiel pour Jordan Bardella.
