Ce lundi 27 juillet 2026, Paul Biya est toujours absent du Cameroun, 50 jours après avoir quitté Yaoundé, le 7 juin dernier. Âgé de 93 ans, le président camerounais n’est plus apparu publiquement depuis son départ, tandis que la présidence n’a communiqué aucune date pour son retour.
Un départ présenté comme un simple séjour privé
La dernière apparition officielle du chef de l’État remonte à une photo publiée par le journal Cameroon Tribune, le montrant aux côtés de son épouse Chantal Biya au moment de leur départ. Le communiqué de la présidence évoquait alors un court séjour privé en Europe. Depuis, ni le lieu exact où séjournerait le couple présidentiel ni la durée prévue du voyage n’ont été précisés par les autorités. Selon le média Jeune Afrique, le président se trouverait à Genève, en Suisse, pour y recevoir des soins dans une clinique privée, où l’auraient rejoint son frère et deux de ses enfants.
Durant cette période, l’activité présidentielle s’est limitée à quelques décrets liés aux Forces de défense et à des télégrammes adressés à des homologues étrangers. Un faux décret annonçant la nomination d’un vice-président a par ailleurs circulé sur les réseaux sociaux ces derniers jours, signe de la confusion ambiante.
Les partis politiques divisés sur la lecture à donner
Face au mutisme du gouvernement, les formations politiques livrent des interprétations contrastées. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, a rompu le silence la semaine dernière par la voix de son secrétaire national à la communication, affirmant qu’il n’y a pas de vacance du pouvoir et que le président reste au travail, quel que soit l’endroit où il se trouve.
L’opposition tient un discours différent. Le député Joshua Osih, du Social Democratic Front (SDF), estime que le pays fonctionne en pilotage automatique. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) parle d’un pays désormais dirigé en mode télétravail. L’Union démocratique du Cameroun (UDC), présidée par Tomaino Ndam Njoya, a publié un communiqué jugeant que la stabilité d’une République ne peut reposer sur le silence. Le professeur Aba’a Oyono, soutien d’Issa Tchiroma lors de la dernière présidentielle, évoque quant à lui une situation de vacance du pouvoir.
Un dispositif constitutionnel resté sans application
Cette absence prolongée intervient dans un cadre institutionnel inédit. Une révision constitutionnelle adoptée le 14 avril 2026 a réintroduit la fonction de vice-président de la République, disparue depuis novembre 1982, année de l’arrivée au pouvoir de Paul Biya. Ce dispositif, censé sécuriser la continuité de l’État, n’a donné lieu à aucune nomination depuis son adoption, plus de trois mois plus tôt.
À défaut de vice-président désigné, c’est le mécanisme antérieur qui prévaudrait en cas de vacance constatée : l’intérim reviendrait alors au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, pour une durée limitée à la seule organisation d’une nouvelle élection présidentielle, sans possibilité d’y être lui-même candidat.
À la tête du pays depuis quarante-quatre ans, réélu à l’issue d’un scrutin présidentiel contesté en octobre 2025, Paul Biya avait déjà connu une absence de 49 jours en 2024, conclue par un retour à Yaoundé le 21 octobre de cette année-là. Le seuil symbolique de cette précédente absence record vient donc d’être dépassé.
