Ceuta : 700 mineurs marocains débarquent en 48h, 30 morts depuis janvier

Près de 700 mineurs isolés d’origine marocaine ont été pris en charge par Ceuta en seulement 48 heures, alors que le bilan des corps repêchés au large de l’enclave espagnole atteint désormais 30 depuis le début de l’année. La vague d’arrivées, amorcée dans la nuit du 29 au 30 juillet, a vu des centaines d’adultes et d’adolescents traverser à la nage le détroit séparant le Maroc de l’enclave, par le secteur du môle du Tarajal.

Une pression migratoire inédite en quelques jours

Le nombre de mineurs accueillis a presque doublé en 48 heures : ils étaient 420 mardi, 570 mercredi, et près de 700 jeudi matin, selon les autorités locales. La présidence de Ceuta, dirigée par Juan Jesús Vivas, a réclamé au gouvernement espagnol la déclaration de l’état d’urgence nationale, évoquant une entrée de près de 1 500 personnes en une semaine. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a pour sa part écarté cette option, tout en annonçant un déplacement sur place dans les prochaines heures.

Les structures d’accueil pour mineurs étrangers non accompagnés fonctionneraient à plus de 1 600 % de leur capacité ordinaire. Un corps a été retrouvé jeudi dans les eaux de Ceuta, après trois autres découverts deux jours plus tôt sur les côtes de la province de Malaga, dans le sud de l’Espagne. Les autorités estiment à 11 le nombre de corps repêchés pour le seul mois de juillet.

Une route migratoire ancienne mais réactivée

Le môle du Tarajal est identifié depuis plusieurs années comme l’un des points de passage les plus empruntés vers l’enclave espagnole, les candidats à la traversée longeant la structure sur plusieurs centaines de mètres dans des eaux à forts courants. La zone avait déjà connu un précédent majeur en mai 2021, lorsque plus de 10 000 personnes avaient franchi la frontière du Tarajal en quelques jours, provoquant une crise diplomatique entre Madrid et Rabat.

Une décision récente du Tribunal suprême espagnol a précisé que la loi sur les étrangers, notamment ses dispositions sur les refoulements à la frontière, ne s’applique pas aux personnes entrant à Ceuta et Melilla à la nage, contrairement à celles franchissant la clôture terrestre — une distinction juridique qui pourrait peser sur le traitement des nouveaux arrivants.

Réactions politiques et déploiement de renforts

L’opposition espagnole a immédiatement saisi l’épisode pour attaquer la gestion migratoire du gouvernement de Pedro Sánchez. Le secrétaire général du Parti populaire, Miguel Tellado, a directement mis en cause l’exécutif, dénonçant une démission de ses responsabilités face à la situation. Le porte-parole de Podemos, Pablo Fernández, a interpellé le gouvernement sur l’absence de déclaration de l’état d’alarme.

Des unités de l’armée et de la Légion espagnole ont été placées en état d’alerte pour intervenir en cas de besoin, tandis que la Garde civile, les services de sauvetage maritime et la Croix-Rouge multiplient les opérations de récupération de nageurs en mer avant leur transfert vers les centres d’accueil de la ville.

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