Le Maroc et la France figurent dans un scénario d’emploi de drones russes depuis l’Algérie présenté le 19 septembre par le média russe Rybar pro-Poutine, qui diffuse deux cartes consacrées aux infrastructures susceptibles d’entrer dans le rayon d’action de ces appareils. Le média russe évoque l’hypothèse de l’arrivée de drones Geran-5 en Algérie, sans affirmer que ces appareils y sont actuellement déployés.
Deux cartes pour un scénario hypothétique
La première carte concerne la France. Elle représente un rayon annoncé de 1 000 kilomètres autour d’un point de lancement hypothétique situé en Algérie et répertorie des bases aériennes, des installations nucléaires, des infrastructures énergétiques ainsi que le complexe de production et d’essais d’Airbus.
La seconde se concentre sur le Maroc. Elle présente plusieurs aérodromes, installations pétrolières et radars, avec un rayon de combat attribué au Geran-2 allant jusqu’à 1 500 kilomètres. Rybar présente ces représentations comme une simulation des possibilités offertes par une éventuelle livraison de drones russes à Alger.
Dans son commentaire, le média explique que son analyse ne se limite pas au territoire marocain. L’acquisition hypothétique de drones russes à longue portée pourrait aussi, selon lui, créer un moyen de pression sur la France, en raison de la distance entre le nord de l’Algérie et plusieurs infrastructures françaises.
Aucune source officielle algérienne consultée ne confirme toutefois l’acquisition du Geran-5. Le scénario présenté par Rybar doit donc être distingué des capacités effectivement documentées des forces algériennes.
L’Algérie a déjà intégré un drone russe
Un élément permet toutefois de replacer cette hypothèse dans l’évolution récente des capacités algériennes. Le 8 avril 2026, lors de l’exercice militaire Ouragan 2026, l’armée algérienne a officiellement montré un drone russe Kronshtadt Orion employé dans des missions de reconnaissance et de frappe. Des images de l’exercice ont montré l’appareil utilisant des munitions guidées contre des cibles fixes et mobiles.
Le ministère algérien de la Défense n’a pas communiqué publiquement le nombre d’Orion acquis. Le modèle observé appartient à une catégorie différente du Geran-5 : l’Orion est un drone MALE destiné à la surveillance prolongée et aux missions de frappe, tandis que les Geran évoqués par Rybar sont présentés comme des drones d’attaque à longue portée.
Une rivalité militaire qui structure le scénario
Cette hypothèse intervient aussi dans un contexte de forte hausse des dépenses militaires au Maghreb. Selon l’IISS, l’Algérie et le Maroc ont consacré ensemble environ 33 milliards de dollars à la défense en 2025, soit 88 % des dépenses militaires identifiables en Afrique du Nord. L’Algérie représentait à elle seule 25,5 milliards de dollars, contre 7,51 milliards pour le Maroc selon les estimations de l’institut.
La coopération militaire entre Alger et la Russie reste également active. Le ministère algérien de la Défense a annoncé plusieurs escales de bâtiments russes en Algérie en 2026, dont une à Alger en mars et une autre à Oran en juin, dans le cadre du programme de coopération militaire bilatérale.
Ces éléments établissent l’existence d’une coopération militaire russo-algérienne et l’intégration récente d’un drone russe dans les forces algériennes. Ils ne permettent toutefois pas de confirmer que des Geran-5 ont été livrés à l’Algérie ni qu’une frappe contre le Maroc ou la France est envisagée par Alger.



