Pedro Sánchez a été accueilli vendredi 31 juillet par des huées, des sifflets et des insultes lors de sa visite à Ceuta, où il s’est rendu pour gérer sur le terrain la plus grande crise migratoire jamais enregistrée dans l’enclave espagnole.
Un accueil houleux dès l’arrivée
Dès son atterrissage à l’héliport de Ceuta, peu après 11h40, le président du gouvernement espagnol a été accueilli par les insultes d’une quarantaine de personnes rassemblées à proximité, qui l’ont accusé de « ruiner l’hôtellerie », de « vendre l’Espagne » et de « ne pas protéger la frontière », allant jusqu’à le traiter de « fils de pute », tandis que des chants homophobes visaient également le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
La tension est montée d’un cran à l’arrivée au Palais de l’Assemblée de Ceuta, où des dizaines de manifestants scandaient des slogans hostiles, dans un climat marqué par un important dispositif policier. Les cris de « démission » ont continué, accompagnés d’insultes comme « traître » et « sinvergüenza » (vaurien).
Vox aux côtés des manifestants
Parmi les manifestants figuraient plusieurs députés du parti d’extrême droite Vox pour Ceuta, qui ont encouragé les cris et les slogans hostiles au chef du gouvernement. Sur les réseaux sociaux, la charge a été plus frontale encore : le président de Vox, Santiago Abascal, a écrit sur X que Sánchez « se comporte comme un ennemi du peuple espagnol », ajoutant que « l’urgence nationale ne peut être résolue qu’en le chassant« .
Une visite écourtée, une déclaration en solitaire
La visite de Sánchez, qui a duré à peine trois heures, s’est achevée par une déclaration institutionnelle faite en solitaire, sans la présence du président de Ceuta, Juan Jesús Vivas. À sa sortie du Palais de l’Assemblée, il a de nouveau été hué par des centaines de manifestants massés derrière un dispositif de sécurité renforcé. Devant la presse, Sánchez a qualifié l’entrée massive de migrants de « violation de l’intégrité territoriale » de l’Espagne, imputant aux « mafias » de trafiquants d’êtres humains la responsabilité de cet afflux.
Une crise sans précédent
Selon les autorités espagnoles, au moins 60 000 migrants ont franchi la frontière depuis le Maroc en quelques jours, ce qui, si le chiffre est confirmé, ferait de cet épisode la plus grande vague d’arrivées irrégulières jamais enregistrée sur le territoire de l’Union européenne. Le bilan humain s’est alourdi au fil de la journée, la délégation du gouvernement à Ceuta évoquant jusqu’à 41 morts dans les tentatives de franchissement.
Face à la polémique sur la gestion de la crise, Sánchez a annoncé l’installation de bouées en mer, matérialisant une frontière entre Ceuta et le Maroc, afin de se conformer à un arrêt du Tribunal suprême interdisant les refoulements à chaud des migrants arrivant à la nage.
