Cuba - USA : le petit-fils de Raul Castro, négociateur ou simple messager face à Washington ?

Un colonel de la sécurité d’État cubaine, sans fonction officielle reconnue, s’impose désormais comme l’interlocuteur direct de Washington. Raul Guillermo Rodriguez Castro, 42 ans, petit-fils de l’ancien président Raul Castro, a affirmé être ouvert à négocier avec le président américain Donald Trump, dans un entretien publié le 6 juillet par USA Today. Cette prise de parole inhabituelle a immédiatement suscité des interrogations sur d’éventuelles divisions au sommet de l’État cubain.

Un démenti officiel qui confirme les pourparlers

Le Premier ministre Manuel Marrero Cruz a réagi jeudi soir sur les réseaux sociaux pour écarter toute hypothèse de fracture interne. « Des conversations ont eu lieu avec des représentants du gouvernement américain visant à rechercher des solutions, par le dialogue, aux différends bilatéraux« , a-t-il déclaré. Ce message, en voulant éteindre la polémique, valide de fait l’existence de discussions bilatérales dont le contenu et le format restaient jusque-là non confirmés publiquement.

Rodriguez Castro, surnommé « El Cangrejo », occupe depuis 2016 la direction de la sécurité personnelle chargée de protéger son grand-père, une fonction qui en fait le gardien de l’accès à l’ancien chef de l’État plutôt qu’un décideur autonome. Il n’a jamais détenu de portefeuille ministériel ni de siège au Bureau politique du Parti communiste cubain. Selon des informations rapportées par des médias cubains indépendants, le secrétaire d’État américain Marco Rubio entretiendrait des contacts discrets avec lui depuis plusieurs mois, en marge des canaux diplomatiques classiques.

Une inculpation qui redessine les interlocuteurs possibles

Le contexte explique en partie ce choix de canal. En mai, les autorités américaines ont annoncé des charges pour meurtre contre Raul Castro, une première dans l’histoire des relations bilatérales. Washington a également sanctionné plusieurs membres de la famille Castro, dont Alejandro Castro Espin, fils unique de l’ancien président, mais pas son petit-fils. Ce dernier se retrouve ainsi être le seul membre proche de la famille dirigeante à pouvoir légalement dialoguer avec des représentants américains sans contrevenir au régime de sanctions en vigueur.

« Je peux négocier avec quiconque sera désigné par les États-Unis », a déclaré Rodriguez Castro à USA Today, précisant être disposé, selon certaines conditions, à évoquer la libération de personnes considérées comme des prisonniers politiques. Un ancien haut responsable du Conseil de sécurité nationale sous l’administration Biden, cité par CNN, a jugé la démarche surprenante, estimant que le colonel n’avait jamais été perçu comme un acteur central du Parti communiste cubain, et que toute négociation menée par lui viserait avant tout la pérennité du régime en place.

Un climat bilatéral déjà sous tension

Cette séquence intervient après un échange tendu à l’ONU entre les deux pays. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez Parrilla, a qualifié l’embargo américain sur les hydrocarbures et les sanctions économiques de « violation systématique des droits humains d’un peuple entier« . L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Michael Waltz, a de son côté attribué les pénuries d’électricité sur l’île à la responsabilité du gouvernement cubain. La majorité des pays intervenus lors du débat a appelé Washington à lever les sanctions visant Cuba.

Aucune date n’a été annoncée pour une éventuelle reprise officielle des discussions entre les deux gouvernements, et ni la Maison-Blanche ni le ministère cubain des Relations extérieures n’ont confirmé la nature exacte du mandat détenu par Rodriguez Castro dans ce dossier.

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