Cyberguerre : l'UE et Londres sanctionnent la Russie après une attaque déjouée contre la Pologne

Cinq cent mille foyers privés d’électricité en plein hiver : c’est le scénario qu’ont évité de justesse les autorités polonaises, selon Londres. L’Union européenne et le Royaume-Uni ont annoncé conjointement, lundi 13 juillet, des sanctions contre la Russie, accusée d’avoir orchestré une cyberattaque contre le réseau électrique polonais et une vaste campagne d’espionnage visant plusieurs pays européens, dont la France.

Une désignation conjointe inédite du FSB

Pour la première fois, les deux capitales ont nommé ensemble le FSB, les services de sécurité russes, comme responsable de l’attaque contre les infrastructures énergétiques polonaises. Selon un communiqué britannique, l’opération aurait été conduite par le « 16e Centre » du FSB et aurait échoué avant de causer des dégâts. Le Royaume-Uni a sanctionné 24 individus et entités liés aux services de renseignement russes. L’UE, de son côté, a ciblé neuf personnes et quatre entités accusées de faire partie d’un réseau d’espionnage en ligne, parmi lesquelles des officiers du GRU, le renseignement militaire russe. Ces sanctions se traduisent par un gel des avoirs et une interdiction de déplacement sur le territoire européen.

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a affirmé que ce 16e Centre du FSB mènerait des opérations d’infiltration de réseaux gouvernementaux et de sabotage d’infrastructures critiques dans au moins neuf pays de l’UE, dont la France depuis 2010. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a de son côté dénoncé les agissements russes, allant du recours à des cybercriminels contre des entreprises à l’attaque du réseau polonais en plein hiver, estimant qu’ils illustrent « un nouveau creux » dans les tentatives de Moscou de miner la sécurité européenne.

Paris et Berlin haussent le ton

En France, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé lundi matin sur BFMTV la convocation prochaine de l’ambassadeur russe à Paris. Des sources sécuritaires citées par France Télévisions attribuent ces activités au 16e Centre du FSB et estiment qu’elles constitueraient une menace persistante contre les intérêts français et européens. Quelques heures après l’annonce française, l’Allemagne a fait savoir qu’elle avait convoqué à son tour l’ambassadeur russe, dénonçant des cyberactivités malveillantes attribuées à Moscou.

L’annonce intervient moins d’un mois après la publication d’un rapport conjoint de l’Ukraine et de l’UE, qui aurait mis au jour une campagne russe systématique visant à freiner le processus d’adhésion de Kiev au bloc européen. L’OTAN, par la voix de son Conseil de l’Atlantique Nord, a pris acte des annonces européenne et britannique et appelé Moscou à cesser ces activités déstabilisatrices, contraires aux normes internationales de comportement responsable dans le cyberespace.

Ces mesures s’ajoutent à un arsenal déjà conséquent : le Royaume-Uni a sanctionné environ 3 400 individus et entités pour leur soutien à l’effort de guerre russe en Ukraine, tandis que l’UE en a visé près de 2 700 pour les mêmes motifs, auxquels s’ajoute une centaine d’autres sanctionnés pour des attaques hybrides contre le bloc. L’UE précise que des cybercriminels, des hacktivistes autoproclamés et des sociétés privées liées à la Russie auraient facilité un large éventail d’activités malveillantes sur son territoire. Ni le Kremlin ni l’ambassade de Russie à Paris n’avaient réagi à ces annonces à l’heure de la publication de cet article.

Laisser un commentaire