Yachts russes saisis : la facture explose pour les américains et italiens, l'Ukraine ne touche rien

Trente-six millions de dollars ont été dépensés par les États-Unis pour maintenir à flot l’Amadea avant sa vente. Le superyacht, saisi aux Fidji en mai 2022 puis conduit à San Diego, a finalement été cédé aux enchères en septembre dernier avec une décote de 37% par rapport à sa valeur d’avant-guerre, fixée à 300 millions de dollars.

Une confiscation entravée par la justice

Le navire appartiendrait à l’oligarque russe Suleiman Kerimov, sanctionné depuis 2018. Sa saisie effective a traîné : il aura fallu 16 mois supplémentaires, jusqu’en octobre 2023, pour que le ministère de la Justice américain engage une procédure de confiscation civile. Un autre homme d’affaires russe, Eduard Khudainatov, a ensuite contesté la propriété du bateau devant les tribunaux, prolongeant la bataille judiciaire de deux ans supplémentaires et gonflant d’autant la facture pour le contribuable.

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Un objectif manqué à l’échelle occidentale

Depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, au moins vingt superyachts liés à des oligarques russes ont été gelés ou saisis par onze gouvernements occidentaux, pour une valeur totale estimée à 4,3 milliards de dollars à l’époque. Ces navires devaient être revendus et leurs recettes reversées à Kiev. Selon une enquête du journaliste Giacomo Tognini pour Forbes, qui a déposé des demandes d’accès à l’information dans onze pays, quatre yachts seulement ont été confisqués à ce jour, dont trois vendus à prix cassé.

Le blocage tient à une distinction légale : geler un bien ne suffit pas à en devenir propriétaire. Une confiscation définitive est nécessaire avant toute vente, une procédure régulièrement contestée par les propriétaires présumés ou leurs sociétés écrans. L’Italie et l’Allemagne ont refusé de communiquer le montant de leurs dépenses à Forbes, invoquant des clauses de confidentialité ou le secret d’État.

Malgré ce silence, le média américain a pu vérifier que les gouvernements concernés ont déboursé plus de 100 millions de dollars pour l’entretien de cinq yachts seulement. L’Italie aurait à elle seule consacré près de 100 millions de dollars à la garde de quatre navires. Les contribuables américains auraient assumé au moins 50 millions de dollars de frais cumulés, selon une estimation distincte.

Des frais d’entretien qui atteignent des sommes considérables

L’entretien d’un superyacht immobilisé reste onéreux : équipage minimal obligatoire pour prévenir incendies et fuites de carburant, assurance, nettoyage régulier pour éviter une repeinte coûteuse. Selon des documents judiciaires cités par la presse américaine, l’entretien mensuel de l’Amadea s’élevait à 922 000 dollars, répartis entre équipage (360 000 dollars), assurance (144 000 dollars), carburant, maintenance et frais de cale sèche.

Sur les vingt yachts initialement visés, deux ont été discrètement restitués à leurs propriétaires. Les autres restent immobilisés dans des ports européens, aux frais des États qui les détiennent. « Il est excessif que les contribuables paient près d’un million de dollars par mois », avait estimé le ministère américain de la Justice dans une requête judiciaire visant à accélérer la vente de l’Amadea.

À ce jour, selon les estimations de Forbes, seuls les gouvernements américain et d’Antigua-et-Barbuda ont enregistré des recettes nettes positives après déduction des coûts d’entretien. Aucune somme n’aurait été reversée à l’Ukraine.

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