De Jul au maire d'Alès : la DZ Mafia étend sa terreur au-delà du narcotrafic

Deux cents interpellations n’ont pas suffi à stopper la DZ Mafia. Entre 2025 et 2026, ce chiffre d’arrestations a été annoncé par la police judiciaire de Marseille, sans empêcher le réseau de frapper un maire, puis un rappeur.

Une exfiltration nocturne dans le Gard

Les forces spéciales ont sorti le maire d’Alès, Christophe Rivenq, de chez lui en pleine nuit, craignant la présence d’un véhicule piégé à proximité. Tout remonterait au 16 juillet : sa boîte aux lettres aurait reçu deux munitions de calibre 9 mm dans une enveloppe, tandis que des inscriptions apparaissaient sur son mur d’enceinte, revendiquées par « DZ Mafia nouvelle génération ». Les auteurs réclamaient l’arrêt des opérations policières visant le trafic local, dans des termes que l’élu a qualifiés d’inhabituellement violents. Le dossier, ouvert d’abord au commissariat local, a depuis été transféré au Parquet national anticriminalité organisée.

Des fondateurs qui commandent depuis leur cellule

Trois figures identifiées comme à l’origine du réseau continueraient de superviser ses activités sans avoir quitté leur cellule, d’après le procureur de Marseille, Nicolas Bessone. Vingt-six personnes ont été mises en examen cette année dans le cadre de l’opération Octopus, parmi lesquelles deux rappeurs originaires de la ville, preuve que les ramifications du groupe touchent aussi la scène musicale locale. Née dans les quartiers nord de la cité phocéenne, l’organisation s’est imposée au fil d’une rivalité meurtrière avec le clan Yoda, à l’origine de plus de 36 décès recensés par l’AFP sur la seule année 2023.

Un artiste contraint à l’exil

Jul se serait établi en Corse après avoir découvert qu’il figurait parmi les cibles d’un projet d’extorsion, d’après des éléments publiés par Le Parisien. Un scénario comparable avait déjà touché SCH, avec pour issue la mort d’un proche du chanteur en août 2024. Au tout début de sa carrière, Jul aurait par ailleurs perdu les droits de ses cinq premiers disques au profit de producteurs locaux impliqués dans le trafic, selon des éléments révélés dans l’enquête L’Empire.

Une menace qui touche des mandats locaux ailleurs qu’à Marseille

Le cas de Rivenq ne serait pas un fait isolé : plusieurs édiles feraient face à des intimidations similaires, rapporte le média suisse Blick. Le frère de l’activiste antidrogue Amine Kessaci — aujourd’hui troisième adjoint du maire de Marseille, Benoît Payan — a lui aussi été tué, un meurtre attribué au réseau. Le phénomène s’ajoute à une dégradation plus large déjà mesurée par l’Association des maires de France, qui recensait une hausse de 32 % des agressions contre les élus entre 2021 et 2022, avant même que le narcotrafic organisé ne cible directement des mandats locaux. À plusieurs reprises, Emmanuel Macron a désigné la DZ Mafia comme une menace d’échelle nationale, alors que son gouvernement reste engagé dans un programme de réhabilitation de Marseille.

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