Entre la Russie et la Turquie, le dossier sensible des S-400 vers les pays du Golfe

Sept ans après l’acquisition controversée qui avait valu à Ankara son exclusion du programme F-35, le dossier des S-400 turcs connaît une accélération soudaine. La Turquie négocierait la revente de ses systèmes de défense antiaérienne russes S-400 à un pays du Golfe, selon des informations du quotidien turc Hürriyet publiées vendredi. Interrogé sur le sujet, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé l’existence de discussions avec Ankara, sans livrer de détails sur leur issue.

Un accord russe incontournable pour toute cession

Selon le journaliste Abdulkadir Selvi, dont les informations ont été relayées par plusieurs médias turcs, les derniers points techniques du dossier auraient été réglés dans la nuit de jeudi à vendredi, avec une annonce officielle attendue dans la journée. Les destinataires pressentis seraient les Émirats arabes unis ou le Qatar, deux pays qui cherchent à renforcer leurs défenses aériennes face à la menace iranienne depuis l’escalade régionale de ces derniers mois.

Aucune cession ne peut cependant intervenir sans le feu vert de Moscou. La Turquie ne dispose pas d’une licence de ré-exportation autonome : le contrat de 2017, d’une valeur d’environ 2,5 milliards de dollars, prévoit que tout transfert à un pays tiers requiert l’accord explicite du fournisseur russe. Sollicité par l’AFP sur ce point, Peskov a répondu : « Je ne peux vous dire qu’une chose : il s’agit d’un sujet qui appartient à la catégorie très sensible. » Il a ajouté que les deux parties resteraient en contact sur la question, sans confirmer ni démentir l’existence d’un accord.

Le média britannique Middle East Eye a rapporté, en citant des sources turques et russes non identifiées, que Moscou considérerait la vente aux Émirats arabes unis d’un œil favorable, une décision finale devant toutefois être validée par le président Vladimir Poutine. Ces mêmes sources évoquent, sans confirmation officielle, d’éventuelles contreparties réclamées à Ankara, notamment le renouvellement d’un accord gazier russo-turc en négociation depuis plusieurs mois. Ces éléments restent à ce stade non corroborés par une déclaration publique du Kremlin.

Un dossier qui conditionne le retour d’Ankara au programme F-35

L’origine du contentieux remonte à 2019. Après la livraison des premières batteries de S-400, Washington avait exclu la Turquie du programme d’avions de chasse F-35, avant d’imposer des sanctions au titre de la loi américaine CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) en décembre 2020. Les autorités américaines exigent depuis que les systèmes russes ne se trouvent plus, sous quelque forme que ce soit, dans l’inventaire militaire turc — le simple stockage ou la désactivation sur le sol turc ayant été jugés insuffisants par Washington.

Selon le journaliste turc Yunus Paksoy, la levée des sanctions passerait par une notification écrite que le président américain Donald Trump adresserait au Congrès, confirmant trois éléments : la non-opérationnalité des systèmes, l’abandon par la Turquie de toute revendication de propriété sur ceux-ci, et l’engagement d’Ankara à ne pas développer de nouveaux partenariats de défense similaires avec Moscou. Cette notification déclencherait une période d’examen parlementaire durant laquelle des élus américains pourraient encore contester la certification présidentielle.

Six appareils F-35 déjà payés par la Turquie restent actuellement stockés aux États-Unis, leur livraison ayant été bloquée par la législation américaine de 2020. L’annonce officielle de la vente des S-400, attendue dans les prochains jours, déterminera si ce blocage peut enfin être levé.

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