Un aller simple en Eurostar n’aura pas suffi à échapper à la justice britannique. La Central Criminal Court de Londres, l’Old Bailey, a condamné le 11 juillet le rappeur d’origine nigériane Emmanuel Popoola, 18 ans, connu sous le nom de scène « Constancy » dans la scène drill, à la réclusion à perpétuité pour le meurtre de Keanu Harker, un adolescent de son âge abattu le 26 juin 2025 dans le quartier d’Enfield, au nord de la capitale britannique.
Un différend né sur une messagerie, réglé par les armes
L’enquête de la Police métropolitaine de Londres établit que Harker circulait à vélo sur Great Cambridge Road lorsqu’il aurait été rattrapé par Popoola et son complice Tayvon Etefia, également 18 ans et rappant sous le nom « Take Risks », lancés à sa poursuite sur une moto électrique Sur-Ron. Popoola aurait tiré trois coups de feu à courte distance, touchant sa victime à la tête et au torse. Harker serait parvenu à ramper jusqu’au jardin d’une maison voisine avant de mourir de ses blessures.
L’origine du différend tiendrait à un échange de messages sur Snapchat entre deux gangs rivaux du quartier, le « 3×3 » et le « Get Money Gang« . Des expertises numériques menées sur les téléphones des protagonistes auraient révélé que Popoola s’était senti humilié après des commentaires sur son incapacité à payer un forfait de données mobiles. Des vidéos de rap drill, produites comme preuves au procès, montreraient des membres du gang, dont Popoola lui-même, se félicitant du meurtre après les faits.
Une cavale qui s’achève dans un appartement parisien
Deux jours après la fusillade, Popoola aurait embarqué à bord d’un Eurostar en direction de Paris, muni d’un billet aller simple acheté par sa compagne, Anais King, 19 ans. Etefia, tentant la même échappée, aurait été intercepté par la police des transports britannique à la gare de St Pancras, deux minutes avant le départ de son train.
C’est en suivant les déplacements de King, partie rejoindre son compagnon dans la capitale française, que les enquêteurs auraient localisé Popoola. Une opération conjointe entre polices britannique et française a conduit à son arrestation dans un appartement parisien le 3 août 2025, suivie d’une extradition vers le Royaume-Uni le 14 août.
Un meurtre isolé dans un quartier où la violence recule
Le cas tranche avec la tendance récente observée à Enfield. Selon des données publiées par la mairie de Londres, le quartier a enregistré l’une des baisses les plus marquées de violence avec blessures parmi les 32 arrondissements de la capitale sur les douze derniers mois, avec 417 infractions de moins que l’année précédente. Londres affiche par ailleurs son nombre d’homicides le plus bas depuis dix ans, avec un taux désormais inférieur à celui de Paris, Bruxelles, Berlin ou Madrid.
Cette amélioration statistique n’a pas empêché la mort de Harker, dont la mère, Kristen Harker, a décrit à la barre un fils « vulnérable », entraîné dans un engrenage par des individus plus âgés qui, selon elle, auraient dû faire preuve de discernement.
Cinq condamnations, des peines encore à fixer
Au terme d’un procès de six semaines, le jury a également reconnu coupables d’entrave à la justice trois complices : Eliezer Mbaki, 25 ans, également connu sous le nom « Spider » dans la scène drill, condamné à quatre ans et neuf mois de prison, Anais King, et un adolescent de 17 ans dont l’identité reste protégée par la loi britannique. Popoola et Etefia écopent chacun d’une peine plancher de 28 ans avant toute possibilité de libération conditionnelle. Les peines de King et du mineur de 17 ans restent à déterminer, une audience de détermination étant fixée au 7 août pour ce dernier.



