Une deuxième centrale électrique et de dessalement d’eau a été touchée samedi au Koweït, vingt-quatre heures après une première frappe similaire. Le ministère koweïtien de l’Électricité, de l’Eau et des Énergies renouvelables a fait état d’un incendie et de la mise à l’arrêt de plusieurs unités de production.
Ce doublé survient lors de la septième nuit consécutive de frappes américaines contre l’Iran, auxquelles Téhéran a répondu en visant des cibles au Koweït, en Jordanie et à Bahreïn. Selon le ministère koweïtien, l’attaque de samedi a provoqué « un incendie dans l’un des composants de la centrale », nécessitant des mesures d’exploitation préventives.
Une escalade contre les infrastructures civiles
La première frappe, survenue vendredi, avait déjà endommagé une centrale distincte, affectant un grand nombre d’unités de production électrique et déclenchant un incendie que les pompiers koweïtiens ont réussi à maîtriser. Les autorités koweïtiennes avaient alors dénoncé une « agression iranienne criminelle ».
Le Koweït n’est pas le seul pays du Golfe visé. Bahreïn a annoncé avoir intercepté plusieurs vagues de missiles et de drones iraniens, tandis que les Gardiens de la révolution ont revendiqué une frappe contre une base aérienne américaine utilisée à Bahreïn. Les tensions se sont également étendues au détroit d’Ormuz, où l’Iran affirme avoir visé deux pétroliers, une version démentie par Washington.
Le dessalement, talon d’Achille du Golfe
Cette double frappe illustre un changement de cible dans la stratégie iranienne, qui délaisse les seules installations militaires pour toucher des infrastructures dont dépend directement la population civile. Le Koweït tire environ 90 % de son eau potable du dessalement, une proportion qui grimpe à 86 % à Oman et atteint près de 99 % à Bahreïn et au Qatar selon certaines estimations régionales. La région du Golfe assure à elle seule environ 40 % de la production mondiale d’eau dessalée.
De nombreuses centrales du Golfe combinent production électrique et dessalement dans des installations dites de cogénération, ce qui signifie qu’une frappe sur le réseau électrique peut interrompre simultanément l’approvisionnement en eau. Une première attaque contre un site équivalent avait déjà eu lieu fin mars, tuant un travailleur indien selon les autorités koweïtiennes, tandis qu’une autre frappe avait visé début avril la raffinerie pétrolière d’Al-Ahmadi, l’une des plus importantes du Moyen-Orient.
Des installations similaires ont également été touchées côté iranien. Des frappes américaines ont détruit une installation de dessalement dans le village de Bunji, dans la province du Hormozgan, coupant l’eau à environ vingt villages et dix mille habitants selon Hamzeh Pour, dirigeant de la compagnie des eaux du Hormozgan, cité par l’agence Tasnim. L’Iran avait aussi accusé les États-Unis d’avoir frappé des installations de dessalement sur l’île de Qeshm en mars, coupant l’eau à trente villages, une frappe que Washington n’a pas confirmée.
Une riposte qui dépasse le cadre militaire classique
Un responsable des forces armées iraniennes a averti que Téhéran « ne se limiterait plus à des ripostes symétriques », selon l’agence de presse IRIB. Cette déclaration confirme un basculement stratégique : plutôt que de répliquer strictement frappe pour frappe, l’Iran semble désormais chercher à exercer une pression sur des ressources vitales des pays hébergeant des forces américaines dans la région.
Le Koweït se trouve à seulement 80 kilomètres des côtes iraniennes, ce qui en fait l’un des pays du Golfe les plus directement exposés aux tirs de missiles et de drones. La compagnie aérienne nationale a annoncé samedi le report de la majorité de ses vols en raison de la fermeture temporaire de l’espace aérien du pays.
