L'UE et l'Ukraine lancent une production commune de drones stockés hors de portée russe

Les drones fabriqués conjointement par l’Ukraine et l’Union européenne seront désormais stockés sur le sol européen avant leur transfert vers le front, une mesure destinée à les soustraire aux frappes russes. L’annonce a été faite mercredi à Kiev par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une cérémonie marquant le Jour de l’État ukrainien.

Un partenariat ouvert aux 27 États membres

Baptisé « Drone Deal » par ses signataires, l’accord élargit à l’ensemble des Vingt-Sept une coopération jusqu’ici limitée à des ententes bilatérales entre Kiev et certains pays européens, ainsi qu’avec des États du Golfe. Von der Leyen a présenté l’initiative comme un moyen de conjuguer les capacités industrielles européennes avec l’expérience acquise par l’Ukraine depuis plus de quatre ans de guerre. « Nous devons unir nos forces », a-t-elle déclaré, selon des propos rapportés par Interfax-Ukraine.

L’innovation tient surtout à la logistique retenue : plutôt que d’assembler les appareils uniquement en territoire ukrainien, exposé aux bombardements russes, la production et le stockage pourront désormais s’effectuer dans des sites situés à l’intérieur de l’UE. Les drones y resteront deux à trois mois avant d’être acheminés vers l’Ukraine ou vers des États membres souhaitant renforcer leurs propres capacités, en particulier ceux du flanc oriental de l’Union.

Un financement adossé au prêt de 90 milliards d’euros

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a profité de la cérémonie pour rappeler l’ampleur de la production nationale actuelle, évoquée à dix millions d’unités par an, avec un objectif de doublement à terme. Cette montée en puissance a permis à l’armée ukrainienne de compenser son infériorité numérique face aux troupes russes et de mener des frappes de longue portée contre des raffineries pétrolières en Russie, provoquant des pénuries de carburant dans plusieurs régions.

Le financement du partenariat proviendra de deux enveloppes déjà constituées à l’échelle européenne : le prêt de 90 milliards d’euros consenti à l’Ukraine, ainsi qu’une dizaine de milliards d’euros encore disponibles dans le programme européen de défense SAFE. Aucun montant supplémentaire dédié n’a pour l’instant été annoncé par la Commission.

L’Ukraine avait déjà signé des accords similaires avec plusieurs pays pris individuellement, dont trois supplémentaires conclus lors du sommet de l’OTAN à Ankara la semaine précédente, portant leur nombre total à neuf. L’accord de mercredi se distingue en couvrant pour la première fois l’ensemble des pays et entreprises de l’Union européenne dans un cadre unique.

Un volet missiles encore à l’étude

Selon von der Leyen, les échanges porteront aussi sur les chaînes d’approvisionnement, les systèmes radar, les stations au sol et les capteurs nécessaires à la fabrication. Un volet complémentaire, encore à un stade préliminaire, prévoit une extension du partenariat à la production de missiles balistiques et antibalistiques, incluant potentiellement le programme ukrainien Freyja, système d’interception conçu avec l’appui d’industriels européens.

À titre de comparaison, l’Ukraine ne disposait pratiquement d’aucune industrie de drones militaires structurée avant l’invasion russe de février 2022 ; en quatre ans, le pays est devenu l’un des principaux exportateurs mondiaux de savoir-faire en la matière, courtisé jusque dans le Golfe pour ses technologies anti-drones.

Zelensky a par ailleurs remis à von der Leyen l’ordre ukrainien de l’Europe, une distinction inédite, en reconnaissance de son soutien au parcours d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Aucune réaction officielle de Moscou n’avait été communiquée au moment de la publication.

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